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Jusqu’où la société peut-elle se fonder sur les passions ?

Pourquoi la société a besoin de passions

4 min
À retrouver dans l'émission

Jusqu’où la société peut-elle se fonder sur les passions ? Colère, peur, indignation, amour ou confiance, toutes ces émotions ou sentiments suffisent-ils à cimenter, à la naissance et dans la durée, une société ? Comment peuvent-ils compléter, justifier ou faire perdurer un contrat social ?

Jusqu’où la société peut-elle se fonder sur les passions ?
Jusqu’où la société peut-elle se fonder sur les passions ? Crédits : PeopleImages - Getty

Toutes ces questions sont abordées dans l'ouvrage collectif Passions sociales paru aux PUF, sous la direction de Gloria Origgi. 

De la lettre A comme Admiration ou Ambition à la lettre X comme Xénophobie, cet ouvrage collectif croise la philosophie avec les sciences sociales et la psychologie, et s’affronte autant aux problématiques classiques de l’amour-propre et de l’honneur qu’aux problématiques plus contemporaines comme le genre et le racisme. 

Exemple avec trois passions sociales :  

C comme Célébrité 

En quoi la célébrité est-elle une passion sociale ? Et en quoi peut-elle contribuer à façonner une société ? À lire l’article de Nathalie Heinich sur le sujet, il n’y aurait, je cite « rien de plus social que la célébrité puisqu’elle n’opère que dans le regard d’autrui ». Relevant d’une « forme spécifique de capital social », un capital de visibilité, qui distingue les gens connus des gens ordinaires, la célébrité a la particularité d’être « éminemment publique », de n’exister que « par l’exposition d’un être dans l’espace public » et de faire jouer des relations d’interdépendance entre célébrités et admirateurs de célébrités. 

Mais suffit-il de mettre en relation des individus pour devenir une passion proprement « sociale » ? Suffit-il d’apparaître dans l’espace public pour fonder et cimenter une société ? La célébrité, pour sa part, a ceci d’ambivalent : elle expose et établit des liens et des rangs sociaux, mais elle distingue aussi, elle hiérarchise entre les gens connus et les gens ordinaires, elle inégalise et discrimine, et surtout, à la différence de son ancêtre : l’honneur, elle ne repose sur rien. Voilà le paradoxe : la célébrité contribue à structurer la société mais inégalement, sur une déstructuration. Comment penser une passion sociale positive ? 

E comme Esthétique 

Je passe à la lettre E comme Esthétique. Cinéma, musique, peinture, théâtre, l’art apparaît comme un lieu privilégié de rencontre entre individus, de communication inter-subjective, de la discussion animée autour d’une série et de ses multiples interprétations au plaisir voire à la communion populaire lors d’un concert, en passant par les hymnes nationaux, aimés ou contestés, qui attestent du sentiment commun d’un peuple.
Kant puis Arendt ont d’ailleurs fait des jugements esthétiques le fondement d’un espace commun. 

Mais que partage-t-on vraiment dans un concert ou avec un hymne ? Alors que la célébrité questionnait l’idée d’une passion qui soit vraiment sociale et structure positivement la société, avec l’art, on peut se demander de quoi est faite la passion ? Est-ce que ce sont des sensations, des sentiments ou des émotions ? Comment appeler ce qui lie les individus quand il s’agit de ressentis et non de principes ? Les passions peuvent mobiliser mais peuvent-elles initier une action ? 

P comme Peur 

Enfin, vous l’aurez compris, passons à la lettre P comme Peur. Dans la tradition philosophique, la peur est autant ce qui paralyse un individu que ce qui le mobilise. Chez Aristote, elle freine l’élan, chez Hobbes, au contraire, elle pousse l’individu et la société à se conserver.
Avec la peur, se dénoue précisément les paradoxes des « passions sociales », car la peur est aussi une passion qui permet de canaliser les autres et qui permet de s’activer (contre le danger et pour vivre), c’est une passion qui soude.
Reste à savoir pourquoi on a besoin d’une passion si négative pour se mobiliser.  

Sons diffusés :

  • Bande-annonce du film Celebrity de Woody Allen, 1998
  • La Marseillaise
  • Thème du film Halloween de John Carpenter, 1979

Bibliographie

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