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Connaître ou faire l’amour

Connaître ou faire l’amour

5 min
À retrouver dans l'émission

Toute la tradition philosophique est pétrie du conflit entre le corps et l’esprit, qu’en est-il du sexe et de la connaissance ? Quel rapport entretiennent-ils ?

Connaître ou faire l’amour
Connaître ou faire l’amour Crédits : Rocco Baviera - Getty

En quoi connaissance et sexualité sont-elles liées ? C’est la question que pose Lionel Naccache, neurologue et chercheur en neurosciences, dans son dernier livre : Nous sommes tous des femmes savantes, aux éditions Odile Jacob.
Comme on l’entend dès ce titre, cette question lui est venue en assistant à une représentation de la pièce de Molière, Les femmes savantes, le mercredi 16 octobre 2016 précisément. Mais plus qu’une question, le lien entre connaissance et sexualité s’est imposée comme intuition fondamentale, dès la première scène du premier acte de cette pièce… 

Armande, l’amour de l’étude

Tout commence dans la pièce de Molière par une discussion entre les deux sœurs Armande et Henriette. La première, que l’on vient d’entendre, quand elle apprend que sa sœur envisage de se marier, tente de l’en dissuader. Son argument : aux plaisirs de la chair, il vaut mieux préférer ceux de l’esprit.
Il s’agit donc, selon Armande, « de se rendre sensible aux charmantes douceurs que l’amour de l’étude épanche dans les cœurs ».
D’emblée, elle met ainsi au centre de sa réflexion le rapport qu’il y a entre le corps et l’esprit, la tête et l’entrejambe. Mais quel rapport existe-t-il si celui-ci est une opposition, l’une excluant l’autre ?
C’est bien ce qu’Armande nous dit : quand on aime l’étude, on ne peut que mépriser les plaisirs du corps, les sentiments du cœur, et plus largement, tout ce qui relève de la chair, de la sensualité et de la conjugalité.
Et c’est bien ce même rapport d’opposition que sa sœur, Henriette, va reprendre mais en l’inversant. Voici donc ce que répond Henriette, toujours Acte I, scène 1, des Femmes savantes, à sa sœur Armande qui, je le rappelle, tente de la dissuader de se marier : 

Henriette, la plongée dans le cœur 

Henriette est l’opposée de sa sœur Armande : aux plaisirs de l’étude, de la tête et de l’esprit, elle préfère, ceux, « terre-à-terre », comme elle le dit, du mariage et du corps. Si l’on suit donc cet échange qui ouvre la pièce de Molière : s’il y a un lien entre connaissance et sexualité, il semble exclusif, soit on aime le corps, soit on aime l’esprit. Peut-on alors véritablement parler de lien entre l’une et l’autre si elles ne font que s’opposer ?
Le propos de Molière est en fait plus subtil que ça : car Armande ne semble pas exclure l’amour, elle exclut celui du corps. Il y a bien un amour de la connaissance, et peut-être même un rapport charnel à la connaissance.
De la même manière, sa sœur Henriette, ne dénigre pas l’esprit, elle dit seulement que, je cite, « le sien est fait pour aller terre à terre », signifiant par là-même qu’il y a un esprit fait pour le corps, la matière, le charnel.
De là, cette question : plutôt qu’un rapport d’opposition et d’exclusion, n’y a-t-il pas plutôt entre connaissance et sexualité une véritable intrication ? 

Une « névrose cognitivo-sexuelle » 

La thèse de Lionel Naccache dans ce livre est qu’il y a, entre connaissance et sexualité, une véritable analogie. Selon lui, l’une et l’autre reposent en effet sur la pénétration, la transformation de soi et l’intersubjectivité.
Selon lui, l’une et l’autre aujourd’hui connaissent les mêmes évolutions ou résistance : pensez aux similitudes entre l’encyclopédie Wikipédia et l’encyclopédie porno YouPorn, ou à la misogynie qui refuse à certains sexes la connaissance.
D’où l’idée que défend Naccache de « névrose cognitivo-sexuelle », mais de manière plus large, il y a cet enjeu : comment connaissance et sexualité s’imprègnent. Pourquoi on ne connaît bien que ce qui nous attire, pourquoi on peut élever conceptuellement le plus trivial. C’était le sens des salons des Lumières qui mêlaient séduction et mot d’esprit, mais c’est aussi le sens de la philosophie, l’amour littéral de la sagesse. 

Tous les sons diffusés proviennent des Femmes savantes de Molière, par la Société des Comédiens Français, France Culture, 1978

  • Monologue d’Armande, Acte I, acte 1
  • Monologue d’Henriette, Acte I, acte 1
  • Clitandre, Acte I, scène 3
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