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Série "And Then There Were None" (Dix Petits Nègres) BBC, 2015

"Dix petits nègres", Agatha Christie se serait-elle trompée ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Si vous avez toujours cru que le juge Wargrave était l’auteur de la cascade de meurtres racontée dans le célèbre roman policier "Dix petits nègres" d'Agatha Christie, pour l'écrivain Pierre Bayard vous vous trompez ! Il signe une contre-enquête et dévoile sa vérité...

Série "And Then There Were None" (Dix Petits Nègres) BBC, 2015
Série "And Then There Were None" (Dix Petits Nègres) BBC, 2015 Crédits : Todd Antony/BBC

Pierre Bayard publie La Vérité sur Dix petits nègres aux éditions de Minuit (2019).

La solution d’Agatha Christie 

Le roman policier d'Agatha Christie Dix petits nègres paraît en 1939. Dix individus qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam se retrouvent ensemble sur une île en Angleterre sans savoir très bien qui les a invités... Le premier soir, tout le monde est attablé pour dîner quand une voix, sortie d'on ne sait trop où, accuse chacun des convives d'avoir commis un meurtre et d'avoir ensuite réussi à échapper à la justice. À partir de là, ils sont tous assassinés un par un par un meurtrier invisible qui s'inspire, dans sa manière de donner la mort, d'une comptine pour enfants assez lugubre, qui détaille la disparition successive de dix personnes...

La dernière à mourir est Vera Claythorne, une professeure de gymnastique accusée d'avoir sciemment envoyé un enfant à la noyade. Elle se pend dans sa chambre où une chaise et une corde ont été disposées. Mais elle ne peut pas être la meurtrière, puisque lorsque la police finit par arriver, la chaise sur laquelle elle était montée est sagement repliée contre un mur.
Quelqu'un est donc passé derrière elle faire le ménage, alors que tout le monde est censé être mort.

Le fin mot de l’histoire est donné par une lettre de confession retrouvée peu après, écrite par l'un des personnages, le juge Wargrave, qui avoue avoir simulé sa propre mort et tué toute la compagnie par amour pour la justice. Son mobile était de punir des gens qui n'avait jamais répondu de leurs actes, tout en commettent une série de meurtres grandiose, dont la police ne trouverait jamais le coupable. Un geste artistique en somme, une énigme telle qu'on ne pourrait qu'admirer l'ingéniosité de son auteur. Pour ma part, je dois avouer que j'ai toujours été très satisfaite de la solution proposée par Agatha Christie, et je ne me souviens pas avoir douté de la culpabilité du juge.

La contre-enquête

Et pourtant, dans son dernier livre intitulé La Vérité sur « Dix petits nègres », paru le mois dernier aux éditions de Minuit, Pierre Bayard démontre que tout lecteur doté d'un demi-cerveau ne peut pas accepter une seule seconde que l'intrigue puisse se résoudre de cette façon.
Le juge ne peut tout simplement pas être ce tueur fou obsédé par une chanson pour enfants. Cela fait en réalité presque un siècle que les lecteurs de ce classique s'illusionnent en pensant que la romancière leur a livré le vrai coupable.
Pour Pierre Bayard il n'en est rien, et tout son livre est donc la contre-enquête qui doit rétablir la vérité. On retrouve en fait le procédé qu’il utilisait déjà dans Qui a tué Roger Ackroyd ?et dans L'Affaire du chien des Baskerville : des essais de rectification de certaines enquêtes policière de fiction qu'il juge invraisemblables.
Et il propose, avec son dernier livre, de revenir sur un nouveau malentendu littéraire et de faire la lumière sur un mystère que personne n'a résolu, pas même Agatha Christie. La nouveauté cette fois-ci étant qu’il laisse la parole au véritable meurtrier des Dix petits nègres pour nous mener à la seule solution acceptable.

Je précise que je ne dévoilerai évidemment pas l'identité du vrai coupable et que vous pouvez continuer à écouter cette chronique sans crainte d'être spoilé.

Les indices

Rien ne nous assure que la confession du juge est une vraie et que les choses se sont vraiment passées comme ça, et rien ne nous assure non plus que c'est bien le juge qui a écrit cette lettre.
Pour Bayard la première chose qu'on aurait dû faire et qu’étrangement personne n'a jamais faite, c'est d'abord douter de l'authenticité de cette lettre, parce que son auteur pourrait très bien mentir. Et c’est le premier des indices qu’il égrène dans son livre, en espérant que son lecteur finira par arriver tout seul à la bonne conclusion.
Parmi les éléments auxquels on ne peut pas décemment croire, il y a aussi le fait que si l'on suit Agatha Christie, le meurtrier qui a mis tant d'énergie à tuer d'une façon si élégante n'en tire aucun bénéfice puisqu'il se suicide à la fin.
La logique veut pourtant qu'un meurtre profite à celui qui l'accomplit, la beauté du geste ne suffit généralement pas. Et autre élément insensé : le roman veut que le juge ait trouvé, le plus facilement du monde, dix criminels ayant échappé à la justice à réunir sur son île : mais à moins d'être un véritable « aimant à meurtrier » une telle trouvaille est complètement invraisemblable.

La piste à suivre 

La piste à laquelle il faut réfléchir c'est qu’en fait l'importance donnée à la chanson des petits nègres qu’on a entendue et qui scande la série des morts, empêche de les examiner une par une.
Le fait que chaque meurtre soit pris dans une série empêche le lecteur de voir que l'un d'eux a très probablement dû échouer. Et je vous laisse reprendre le roman et deviner lequel, parce qu’il y a vraiment une solution alternative qui fonctionne parfaitement ! 

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