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Pourquoi la pensée humaine est inégalable ?

Pourquoi la pensée humaine est inégalable ?

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Comment critiquer l’intelligence artificielle est-elle l’occasion pour le philosophe allemand Markus Gabriel de faire un éloge de la pensée humaine ?

Pourquoi la pensée humaine est inégalable ?
Pourquoi la pensée humaine est inégalable ? Crédits : RichVintage - Getty

Le philosophe allemand publie Pourquoi la pensée humaine est inégalable aux éditions JC Lattès. Un livre de plus sur l’intelligence artificielle, diront certains...
C’est vrai que c’est un sujet à la mode, en tout cas porteur pour la philosophie, mais c’est aussi un sujet clivant, car il faut le souligner sur ce sujet, il y a les contre et les pour, ou plutôt ceux qui y voient un danger et ceux qui n'y voient rien qu'une étape de plus dans le progrès, autrement dit, les inquiets et les enthousiastes voire les indifférents (indifférents qui écrivent quand même sur le sujet, bizarre mais pourquoi pas). 

Le livre dont je vais vous parler appartient clairement à la première catégorie : les contre, les critiques, mais il n'est pas pour autant inquiet.
Au contraire, critiquer l'intelligence artificielle est l’occasion de faire pour Markus Gabriel un éloge de la pensée humaine...

Machine intelligente ou pensée humaine ?

Une machine est-elle intelligente ? Peut-on parler d’un esprit pour un ordinateur comme pour un humain ? Dire qu’une machine, qu’un ordinateur ou qu’une intelligence artificielle sent les choses, a une personnalité, pense et réfléchit, a-t-il un sens ?
Ce sont quelques-unes des questions que pose la philosophie de l’intelligence artificielle, véritable courant de pensée en philosophie. Et ce sont quelques-unes des questions que soulève Markus Gabriel dans son nouvel essai. 

Philosophe allemand très connu outre-Rhin, il n’est pourtant pas un spécialiste de l’intelligence artificielle en tant que tel. Déjà auteur de deux essais, le premier sur le monde, le deuxième sur le moi, ce troisième essai vient clôturer cette trilogie en se penchant donc sur la pensée, cette interface selon Markus Gabriel entre le monde et le moi, entre ses deux premières réflexions, donc. 

L’intelligence artificielle est donc un moyen, pour Gabriel, d’enfoncer le clou de sa théorie et de creuser ce qu’il n’avait pas fouillé auparavant : la pensée.
C’est ainsi que les questions qu’il pose sont plutôt de ce genre : en quoi la pensée humaine est inégalable (titre de l’ouvrage) ? De quelle nature est-elle et pourquoi une machine ne pourra jamais atteindre cette nature ? 

Penser la pensée humaine 

Le livre de Markus Gabriel est un livre vraiment dense. Constructivisme, naturalisme, empirisme, matérialisme, entre toutes les approches en -isme qu’il critique et les références pop culture (séries en tout genre) et les relectures d’Aristote, il peut être difficile d’y voir clair et de résumer en quelques lignes sa ligne, son but, son idée.
J’ai donc décidé de faire simple et de vous donner certains éléments pour en comprendre la thèse principale, à savoir, je le rappelle, que la pensée humaine est inégalable. 

Déjà, il faut savoir que Markus Gabriel défend lui aussi une position en -isme : c’est le Nouveau réalisme, selon lequel les choses existent vraiment, sont réelles, sont connaissables en tant que telles. Parmi ces choses : il y a ainsi la planète, les rêves, les chasses d’eau et les espoirs, et donc aussi, la pensée. Son but n’est donc pas tant d’abattre l’intelligence artificielle que de penser la pensée humaine. Et son idée est double : la pensée est un sens biologique, autant que l’ouïe, la vue ou le toucher, et on peut lui donner un sens, une intentionnalité, une individualité, une perspective, ce qui n’est pas le cas d’un ordinateur. 

Penser que l’on pense et se tromper 

Oui, un ordinateur peut me battre au jeu de go, oui, un ordinateur est plus rapide, plus efficace, plus fiable en termes de mémoire et de tâches à effectuer : il est meilleur ! Mais il ne pense pas. 

Pour le démontrer, Gabriel déploie deux types d’argument : d’une part, ceux qui consistent à montrer que la pensée humaine pense et qu’elle peut se penser en train de penser, ce qu’on appelle pompeusement la “méta-cognition”, et d’autre part, ceux qui consistent à informer cette pensée humaine en l’individualisant. 

Dans le film Her de Spike Jonze,  Samantha, cette intelligence artificielle parfaite, a peut-être une personnalité, du répondant, des sentiments, elle est la meilleure, mais elle ne pense pas qu’elle pense, elle réfléchit selon un modèle de pensée mais sans penser par elle-même et surtout sans se tromper.
S’il y a ainsi une chose à retenir de l’exposé de Markus Gabriel, c’est ça : la pensée n’est qu’humaine, entendez uniquement donnée aux hommes et entendez seulement offertes à ceux qui sont capables de se tromper...

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