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Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à gauche) reçoit le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi lors d'une cérémonie à Ankara, le 15 mai 2019.

Comment conduire un pays à sa perte

4 min
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Dans son dernier essai, la journaliste Ece Temelkuran établit, à partir de l’exemple turc, un modèle de la logique populiste de droite qui a le vent en poupe dans de nombreux pays, pour que ceux qui s’estiment protégés d’une telle dérive parviennent à en reconnaître les signes annonciateurs...

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à gauche) reçoit le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi lors d'une cérémonie à Ankara, le 15 mai 2019.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à gauche) reçoit le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi lors d'une cérémonie à Ankara, le 15 mai 2019. Crédits : Adem ALTAN - AFP

Un anti-manuel politique

La journaliste Ece Temelkuran vient du publier Comment conduire un pays à sa perte, du populisme à la dictature, aux éditions Stock.
Le livre commence par un constat : on a pris l'habitude, depuis quelques années, de souligner la dérive autoritaire et populiste du régime turc présidé par Recep Tayyip Erdogan, et donc de distinguer nettement la Turquie des démocraties libérales occidentales. Une distinction qui pourrait bientôt devenir beaucoup moins nette selon l'auteure de ce livre, puisque certaines logiques populistes et conservatrices à l'oeuvre en Turquie, existent déjà, ou pourraient très bien apparaître en Europe ou aux Etats-Unis.
Le titre Comment conduire un pays à sa perte, annonce donc un anti-manuel à ne surtout pas suivre, qui veut dévoiler les mécanismes par lesquels des leaders populistes de droite s'installent au pouvoir.

L’adresse au « vrai » peuple

Ece Temelkuran part de l'exemple turc et identifie les étapes qu’un leader populiste franchit, et qui lui permettent de passer, je cite : « du statut de personnage ridicule à celui d'autocrate sérieusement terrifiant". 

La première chose à faire pour conduire un pays à sa perte c'est de déclarer que l'on s'adresse au vrai peuple. Un leader populiste réussit à se faire entendre en instaurant une logique binaire entre le côté des vrais, et celui des faux. Et pour prouver qu'on est du côté des « vrais », il faut insister sur le fossé qui sépare des individus qui ne se sentent plus représentés par leur gouvernement, d'une élite incapable de les comprendre et qui les méprise. Et même, plus précisément, la réussite du leader ou du mouvement populiste tiendra à la capacité qu'il a de persuader ceux qu'il a désignés comme le vrai peuple qu'il les respecte, et qu'il est le seul à le faire.
L'auteure décrit à ce propos comment Erdogan n'a cessé de réclamer le respect pour les choix du peuple à chaque fois qu'on a dénoncé des élections truquées, tout comme il a réclamé que soient respectées les décisions de la Cour de justice quand ses adversaires ont été jetés en prison, notamment après le coup d'Etat militaire raté de juillet 2016.
Mais cette promesse de respect n'est pas une trouvaille du populisme turc, c'est aussi le leitmotiv d'autres leaders d'extrême droite, comme le Président brésilien Jair Bolsonaro, qui annonce, le jour de son élection, le respect retrouvé pour le Brésil de la part des Grands de la communauté internationale.

La vérité, un concept surfait

Ece Temelkuran insiste aussi par exemple sur la propension des dirigeants populistes à voir des complots là où, pourtant, un débat sur le vrai et le faux semblait a priori impossible.
La journaliste rappelle par exemple qu'en 2017 l'AKP, le parti d'Erdogan, a posté sur son site internet un article qui affirmait que la Terre est plate, et que la théorie d'un monde sphérique était en fait un complot contre le vrai peuple, fomenté par le Vatican, les sioniste, et autres pouvoirs obscures.
Et on peut comparer cet événement avec un autre, qui s'est passé lui en février 2018 en Floride : puisqu'après la fusillade qui a fait 17 morts dans le lycée Marjory Stoneman Douglas, certains étudiants qui avaient survécu au massacre ont été accusés sur Twitter d'être des acteurs, payés pour participer à un canular organisé par un groupe de pression anti-armes à feu et anti-Trump.

Ece Temelkuran multiplie ainsi les parallèles entre la situation en Turquie et dans d'autres pays pour montrer que la tendance autoritaire du gouvernement turc n'est pas une exception due à la religion du pays. Le but est de donner à ceux qui s'estiment protégés d'un gouvernement populiste par l'ancienneté de leurs institutions démocratiques, la possibilité de repérer et d'enrayer les mécanismes qui pourraient signer la fin de ces institutions.
Parce que tout l’objet de ce livre c’est de montrer que non, un gouvernement populiste, ça n'arrive pas qu'aux autres.

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