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Leon Chestov en 1927

La réalité de Pouchkine, Tchekhov et Tolstoï

5 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est-ce que la réalité ? Et si la réponse se trouvait chez les écrivains ?

Leon Chestov en 1927
Leon Chestov en 1927

Qu’est-ce que la “réalité” ? C’est une question vaste et rude, mais que l’on doit poser tant le terme est omniprésent : on regarde de la télé-réalité ou on veut de l’analyse du réel, on se demande ce qu’est la réalité virtuelle ou augmentée, les politiques ne cessent d’opposer la “réalité” du monde aux principes et idéaux. Rien de plus normal d’ailleurs que la réalité soit omniprésente, puisque par définition, c’est tout ce qui existe effectivement, nous y compris. Mais comment saisir cette réalité qui nous entoure et que nous sommes ? Est-elle vraiment opposée à l’idéalisme, au rêve, à l’imaginaire ? Et l’invoquer, est-ce forcément se soumettre à elle ? 

Cette question sur la réalité m’est venue, non pas en lisant la presse ou en écoutant des hommes politiques, mais en lisant le philosophe Léon Chestov, et son recueil, L’homme pris au piège, qui rassemble trois essais de lui, traitant respectivement de Pouchkine, Tolstoï et Tchekhov. 

C’est à propos de Pouchkine et de son roman Eugène Onéguine (dont on vient d’entendre l’incipit), que Chestov évoque cette fameuse opposition entre réalisme et idéalisme : car, Pouchkine, auteur du XIXème siècle, mort en duel, serait celui qui aurait définitivement réglé ce problème stérile.  Mais comment ? 

En confrontant son héros, Onéguine, non pas à la dure réalité (telle les lois de la nature ou la logique des choses) mais à la dure réalité de l’idéalisme. Oui, son personnage ne bute pas sur la ruine, l’état du monde ou l’impitoyable loi de la gravitation, par exemple, mais sur Tatiana : le seul personnage qui a la foi, la seule qui ait un idéal en lequel elle croit dur comme fer. 

Nous voilà donc grâce à Chestov, avec deux choses résolues : la réalité n’est pas opposée à l’imaginaire (puisqu’on la trouve chez les écrivains et dans leurs fictions) ni à l’idéalisme. La dure réalité, c’est parfois l’idéalisme, la croyance, la foi, indémontrables, même irrationnels. 

Mais une autre question que pose la réalité, c’est : doit-on forcément s’y soumettre ? Est-elle cet argument implacable qui fait que l’on doit renoncer et se laisser abattre ? Et cette fois-ci, c’est une question qui apparaît en se plongeant dans Tchekhov, et dans sa pièce, Ivanov. 

Ivanov, c’est monsieur tout le monde, c’est vous, c’est moi. Il a tout (femme, terre, enfants), et en même temps, il n’a rien. Voué à l’impuissance, au tragique, au désamour et à la mort (à la réalité en sorte), il doit pourtant continuer à vivre. Mais que faire quand la réalité nous frappe ? C’est l’enjeu pour Ivanov et voici ce que Tchekhov nous dit : quand l’homme n’a plus rien, il “doit tout créer lui-même”. Il doit créer de rien, ex-nihilo.

Dernière question sur la réalité, et pas la plus simple : quelle est-elle ? Comment la saisir ? Car si la réalité, c’est ce qui s’impose à nous, nous résiste, existe effectivement, de la chute des corps à la mort, comme celle à laquelle est confronté Ivan Ilitch, comment l’embrasser ? 

Pour y répondre, finissons en beauté avec Tolstoï. Et avec La mort d’Ivan Ilitch, justement. Comme Tchekhov et Pouchkine, pour Tolstoï, être réaliste, ce n’est renoncer ni à l’imaginaire ni à la vie. Au contraire.

C’est au cœur même du réel que peut s’extraire la foi en la vie. Et pour y croire, je vous laisse avec quelques secondes, même de mauvaise qualité, de la voix de Tolstoï, c’est un enregistrement de 1909. 

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