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Coccinelle sur brin d'herbe

La pensée écologique de Timothy Morton

5 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on parler d’écologie sans évoquer la nature ? Peut-on être écolo sans craindre la catastrophe globale ou sans se contenter de petites initiatives déculpabilisantes ? Le philosophe Timothy Morton propose de penser grand avec La pensée écologique.

Coccinelle sur brin d'herbe
Coccinelle sur brin d'herbe Crédits : Dan Kitwood

Une position originale

La pensée écologique, c’est le titre du livre de Timothy Morton (paru en 2010 mais traduit seulement aujourd’hui en français pour les éditions Zulma). Timothy Morton est un philosophe né à Londres en 1968 et enseignant aux Etats-Unis, mondialement connu et qui pose des questions passionnantes. Passionnantes, parce qu’elles nous changent de celles que l’on entend d’habitude dès que l’on parle de climat, d’écologie ou d’environnement… 

Il se demande ainsi : peut-on parler d’écologie sans parler de Nature ou d’environnement ? Peut-on être écolo sans forcément être catastrophique ou trop angélique, je reprends les termes de Morton, trop « youpi tralala les animaux mignons » ? Et surtout, c’est l’enjeu de cet essai, comment faire de l’écologie une pensée en bonne et due forme, et non pas la réserver à des grands discours creux politiques, ou à l’inverse, à des petites initiatives particulières seulement déculpabilisantes ?  

Vous l’aurez compris, le ton de Timothy Morton se veut tranchant et sa position radicalement différente des postures entendues en ce moment sur la transition écologique. 

Une pensée du tout 

Mais pour saisir au mieux ce ton et cette position, le mieux est encore de vous lire quelques lignes de son livre : « La pensée écologique, écrit Timothy Morton en introduction, est un virus qui contamine tous les autres domaines de la pensée. (…) Ce livre affirme que l’écologie n’a pas seulement pour objet le réchauffement climatique, le recyclage ou l’énergie solaire – qu’elle n’a pas seulement à voir avec les relations quotidiennes entre humains et non-humains. Elle a à voir avec l’amour, la perte, le désespoir et la compassion. Avec la dépression et la psychose. Avec le capitalisme et ce qui pourrait exister après le capitalisme. Avec l'étonnement, l’ouverture d’esprit et l’émerveillement. Le doute, la confusion et le scepticisme. Les concepts d’espace et de temps. Le ravissement, la beauté, la laideur, le dégoût, l’ironie et la douleur. La conscience et la perception. L’idéologie et la critique. La lecture et l’écriture. La race, la classe et le genre. La sexualité. L’idée du moi et les étranges paradoxes de la subjectivité. Elle a à voir avec la société. Elle a à voir avec la coexistence ». 

Déconstruire la Nature 

Comme Jacques Derrida, on peut dire que Timothy Morton accomplit un geste de déconstruction de l’écologie telle qu’on en parle aujourd’hui : ce qu’il veut, c’est mettre au jour tous les artifices qu’il y a à parler de Nature avec un grand N, de retour à la nature, de la nature comme d’un temps et d’un espace préservé, de la nature comme d’un état qu’il faut retrouver pour sauver notre planète. 

Pour Timothy Morton, la Nature ainsi présentée, promue, fantasmée, n’a jamais existé et n’existera jamais. Mais ce qu’il veut aussi, et qu’il accomplit comme 2ème geste de déconstruction, c’est ne plus faire comme si sauver la planète était quelque chose de naturel. Non, l’écologie n’est pas un geste évident, et d’autant plus, quand, comme lui, il s’agit de  l’étendre à tout, affects, politique, éthique, autrement dit d’en faire une pensée, LA pensée écologique… 

Personnes, objets, affects et monde 

Qu’est-ce qu’une personne ? Que faire de tous ces objets en polystyrène ou en plutonium qui nous survivront ? Comment se penser en lien, dans un grand maillage, avec tous les êtres et les objets du monde, tous ces « étranges étrangers », comme le dit Timothy Morton ? A l’image de son film préféré, Blade Runner, le philosophe promeut une véritable philosophie écologique  de la personne, de l’objet, des affects et du monde, une philosophie écologique qui pense grand, qui n’a pas peur d’être sombre sans être catastrophique, et qui se tourne vers l’avenir sans être optimiste. Véritable acrobate, il nous change de tous les slogans sur la nature, l’effondrement ou l’agir local ! 

Sons diffusés :

  • Extrait de la BO du film Stalker d’Andreï Tarkovski 1979
  • Jacques Derrida extrait de documentaire réalisé en 2002 par Kirby Dick et Amy Ziering Kofman
  • Extrait de la bande-annonce de  Blade Runner de Ridley Scott 1982

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