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C'est la rentrée !

C’est la rentrée !

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Le fil culture |Voilà, on y est... Prendre des résolutions, se projeter, ou au contraire, nier jusqu’au dernier moment que c’est la fin des vacances, chacun a sa méthode... C'est l'occasion de relire "La Reprise" de Sören Kierkegaard, qui pense ce phénomène paradoxal de ce qui a été, et ce qui est nouveau...

C'est la rentrée !
C'est la rentrée ! Crédits : Hulton Archive/Keystone View/FPG - Getty

Faire de la rentrée un événement

Pour ma part, j’ai toujours aimé revenir quelques jours avant la rentrée pour me préparer à rentrer justement…. comme si la rentrée ne se faisait jamais en une seule fois, mais devait s’étirer et en être extrait chaque instant, et devenir ainsi une sorte d’événement, un nouveau départ.  
Et à raison, car au fond, quand on rentre, on ne fait que répéter ce que l’on a fait les années d’avant, et ce que l’on va faire chaque jour de l’année à venir. Il n’y a rien d’exceptionnel dans une rentrée, alors autant en faire un événement. Enfin, quand on y arrive.
En rentrant, j’ai beaucoup pensé à Francis Cabrel et à cette chanson de lui, Encore et encore. Mais j’ai aussi pas mal pensé à Kierkegaard, et à son texte La répétition, aussi traduit par le titre La reprise.
Je me suis dit que le philosophe pourrait m’aider à comprendre pourquoi la rentrée avait longtemps provoqué en moi, et malgré son caractère répétitif, un sentiment de nouveauté. Et pourquoi désormais, malgré le fait d’être un nouveau commencement, une re-prise, la rentrée pouvait aussi provoquer ce sentiment de lassitude, si bien exprimé par Cabrel. 

Faire sa reprise avec Kierkegaard

“La reprise, dit Kierkegaard, est un vêtement inusable, assoupli et fait au corps ; il ne gêne ni ne flotte”. La reprise n’a rien du “vêtement flambant neuf, raide et trop ajusté”, ou du “vêtement au rebut, qui ne va plus parce que l’on a grandi et qu’il est devenu trop petit”. Non, la reprise, c’est entre les deux, ni jeune fille qui glisse entre les mains, ni vieille femme décevante, c’est, je cite : “l’épouse aimée dont on ne se lasse jamais”.
Mais que faire quand on se lasse justement ? Quand la vie n’est plus faite à son corps ? Comment retrouver le sentiment de nouveauté de la rentrée ?
“Ça a débuté comme ça”. Céline commence son Voyage au bout de la nuit “comme ça”. Puisque la rentrée peut perdre son sentiment de nouveauté, autant se demander ce que ça veut dire de commencer, de débuter, d’entrer dans une nouvelle ère ou dans une autre histoire. Mais souvent, ça commence “comme ça”, sans qu’on s’en rende compte.
Est-ce que les débuts existent vraiment ? Comment faire pour commencer, pour commencer à nouveau ? Qu’est-ce qu’un bon début, un vrai début, dans un roman comme dans la vie ? Est-ce que les commencements sont d’ailleurs toujours sources ou synonymes de nouveauté ? Les débuts sont-ils des naissances ou d’éternels recommencements ?

Les infinies possibilités de la répétition

Apparemment, je ne suis pas la seule à me poser ces questions… Récidive, Recommencer, Rupture, ou Débuter, comment c’est… ce sont autant de titres d’essais parus récemment qui sont tous liés par cette interrogation du “refaire à nouveau”.  
Que fait-on quand on fait et refait, reprend, recommence, est-ce que l’on fait quelque chose de neuf ou est-ce que l’on se répète mais un autrement ?
À la fin de La reprise, Kierkegaard vante les mérites du cor de postillon, car dit-il, cet “instrument offre d’infinies possibilités”. On peut aussi aimer Tino Rossi et une bonne vieille ritournelle. Car on se trompe, ce qui compte, ce n’est pas la nouveauté, mais la répétition !, qui offre donc : “d’infinies possibilités”.
La répétition n’est pas lassante, nous dit Kierkegaard, c’est la nouveauté qui l’est.
Voilà ce que j’ai donc appris en lisant son texte La reprise : ce n’est pas le fait de rentrer qui lasse, de reprendre ses habitudes, son quotidien, ses trajets, mais de les avoir délaissés pendant quelques semaines, d’avoir cassé le rythme et d’espérer du neuf. A croire qu’il faudrait renoncer aux vacances et rentrer tous les jours : quelle chance, c’est ce qui nous attend pour les dix prochains mois. 

Sons diffusés :

  • Chanson de Francis Cabrel, Encore et encore
  • Lecture de Voyage au bout de la nuit de Céline, France Culture, 1986
  • Chanson de Tino Rossi, Ma ritournelle
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Bibliographie

La RepriseSören KierkegaardFlammarion, collection GF, 2008

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