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Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

Qu’est-ce qu’une bonne fin ?

5 min
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Un bon film ou une série regardée avec passion peuvent être gâchés par une mauvaise fin... Mais qu'est-ce qu'une bonne fin ? Est-elle nécessairement l'acmé d'une oeuvre ? Quelle valeur doit-on lui accorder ?

Qu’est-ce qu’une bonne fin ?
Qu’est-ce qu’une bonne fin ? Crédits : Filo - Getty

J'ai eu la chance d'aller au cinéma deux fois la semaine dernière. Pour voir Chambre 212 de Christophe Honoré et Matthias et Maxime de Xavier Dolan. A priori, très différents dans leur ambiance, leur scénario et leur mise en scène, je leur ai pourtant vu deux points communs : la transformation d’une relation à deux, amour ou amitié, et une fin en forme de point d’interrogation. Maria et Richard se retrouvent-ils finalement ? Quelle forme nouvelle prend la relation entre Matthias et Maxime ? Je voulais des réponses claires et nettes, et je suis restée sur ma faim/fin, à écrire comme vous le voulez, et à me demander du coup : c’est quoi une bonne fin ? 

Fin ouverte, fin facile ? 

C’est quoi une bonne fin ? En même temps que je suis allée au cinéma, j’ai eu la chance de lire une interview de Pacôme Thiellement, co-auteur d’un livre sur la série américaine, The Leftovers, le troisième côté du miroir, interview justement sur cette question de la fin dans les séries.

The Leftovers, avec Twin Peaks et Lost, sont trois séries qui cultivent, pour lui, l’esthétique de l’incomplétude. Trop ou pas assez de réponses, elles restent énigmatiques et peuvent laisser un goût d’inachevé. Pacôme Thiellement, lui, y voit un bienfait : l’invitation pour le spectateur de sortir de son état passif. The Leftovers est à cet égard emblématique pour lui : sans code, avec des personnages déboussolés, déjouant les certitudes du spectateur, c’est une série sur la désorientation.

J’ai pourtant une autre interprétation : c’est une série, qui à force de mystère, refuse de s’engager, de prendre parti et cache, derrière sa valorisation du spectateur, sa propre indécision. C’est pourquoi j’ai arrêté de la regarder au début de la 2ème saison, lassée par cette absence de réponse. Et c’est pourquoi je pose cette question de la fin : entre la fin attendue et la fin ouverte, n’y a-t-il pas un entre-deux ? Mais la fin peut-elle être un « juste milieu » ?

Quelle valeur donner à la fin ?

A l’inverse de The Leftovers, j’ai regardé de bout en bout la série Mad Men, sur des publicitaires dans le New York des années 60, qui se finit avec cette pub Coca-Cola. Je ne voyais pas de meilleure fin : car on y voit chaque personnage et sa « résolution » (mort, couple ou autre). Pourtant, certains ne l’ont pas aimé : trop culcul, trop précise, trop happy end. 

D’où ma question : qu’est-ce qu’une bonne fin absolument ? Existe-t-elle ? Est-ce une fin qui apporte des réponses ou reste en suspens ? La fin est-elle juste un point final, une interruption du récit ou doit-elle le clore, le conclure, l’accomplir ? La fin doit-elle être un moment temporel ou la visée, le but, la finalité du récit ? Au fond, la question est celle-ci : comment finir, quelle valeur donner à cet acte ? 

Et si on y pense, la question se pose tous les jours : du « bien cordialement » d’un mail à la chute d’une blague à la fin d’une histoire d’amour. Comment finir ce qu’on a commencé ? Faut-il en finir, tout simplement ? Peut-on ne pas vouloir en finir ? 

Faut-il en finir ?

La série Les Soprano se finit comme ça : la famille se retrouve, et tout d’un coup, noir à l’écran. En plein repas, en pleine chanson on ne peut plus suggestive, sur un Dont’ stop. Ce qui me pousse à me demander : plutôt que de chercher la bonne fin, est-il en fait possible de ne jamais en finir ? Les séries, cycliques, répétitives, les suites, les prequel, nous auraient-ils déshabitués de vraies fins, les célèbres moralités des Fables de La Fontaine ? 

Je crois surtout qu’ils révèlent une transformation de notre rapport aux fins : on ne veut jamais en finir et laisser tout en suspens. Johnny Hallyday sort encore un album, un ex est désormais un ami, un mail se finit par « bon courage pour la suite ». Refus de la mort, de la réponse définitive, du coup d’arrêt imposé par autrui ? J’y vois, pour ma part, un défi lancé à l’irréversible, un rejet de la chance unique, sans possibilité de retour ou de délibération. Le défi serait peut-être en fait de choisir sa propre fin, même mauvaise, irrévocablement, délibérément.   

Sons diffusés :

  • Bande-annonce de The Leftovers, série américaine de Damon Lindelof et Tom Perrotta 
  • Extrait de la série Mad Men, de Matthew Weiner, saison 7, épisode final
  • Extrait de la série Les Soprano, de David Chase, saison 6, épisode final
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