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Friedrich von Hayek (1889-1992)

Hayek ou les vertus de l’ignorance

5 min
À retrouver dans l'émission

Connu comme le chantre du "laissez-faire", l’économiste Friedrich Hayek a aussi développé une théorie politique du vivre-ensemble, avec une question : comment des individus ignorants des autres et d’eux-mêmes peuvent-ils échanger ?

Friedrich von Hayek (1889-1992)
Friedrich von Hayek (1889-1992) Crédits : Apic - Getty

Aujourd’hui, c’est Friedrich Hayek qui m’occupe, Friedrich Hayek, l’économiste, Prix Nobel, né en 1899 et mort en 1992, celui que l’on associe aux mouvances les plus extrêmes du libéralisme avec sa théorie du "laissez-faire" et qui sert d’épouvantail à tous les critiques du marché…
Loin, pourtant, de se réduire à cette seule dimension, un livre vient de paraître pour faire la lumière sur toutes les facettes de ce penseur : Hayek : du cerveau à l’économie de Thierry Aimar, aux éditions Michalon. Avec une question cruciale, connue des philosophes politiques les plus classiques : comment des individus aux intérêts divers voire divergents peuvent-ils cependant vivre ensemble ? 

Du cerveau à l’échange

Quand on parle d’Hayek, on a tout de suite en tête ce genre d’idées : la critique féroce de l’ordre, de l’Etat, du socialisme qui veut à tout prix concentrer en un tout des individus, des intérêts, des opinions pourtant dispersés. Le parcours et la pensée de l’économiste sont toutefois beaucoup plus développés que cette simple critique, même si effectivement on lui doit bien cette critique… 

Comme l’explique Thierry Aimar dans ce livre Hayek : du cerveau à l’économie, Hayek, avant d’être un économiste libéral a été un grand explorateur du cerveau humain. Sa découverte, aussi paradoxal que cela puisse être : l’ignorance.
Dans L’ordre sensoriel, paru en 52, Hayek révèle que l’ignorance est en fait la première donnée à prendre en compte quand on considère chaque individu. Chacun est en effet ignorant des autres mais d’abord de lui-même, de ce qui l’anime… Comment, à partir de là, organiser une vie ensemble fondée sur l’échange ? 

Ne pas ignorer l’ignorance

Comme tout penseur politique, Hayek a pensé la vie collective en redéfinissant dans le même temps l’individu, une subjectivité, indépendamment de toute coopération : naturellement bonne ou méchante, comme l’ont postulé respectivement Rousseau et Hobbes, Hayek a donc opté, pour sa part, pour l’ignorance du sujet… Et c’est sur cette thèse d’une ignorance fondamentale qu’il va critiquer le planisme du socialisme ou appréhender les crises financières. 

Mais comment ? "Comment organiser les relations entre des individus étrangers les uns aux autres" et étrangers à eux-mêmes ? Comment l’ignorance peut-elle, contre toute attente, fonder et légitimer l’échange avec autrui, une organisation collective, une bonne vie pour chacun ? 

C’est là toute la découverte d’Hayek : ne pas ignorer l’ignorance, mais miser sur elle pour éviter cette prétention de connaissance qui pense tout connaître de chaque individu, de ses capacités, de sa force de travail ou créatrice, et qui, surtout, prétend construire un tout sur ces normes, au fond très réductrices.

Une pensée du soi à prolonger

Valorisation de la liberté, de l’exploration de la subjectivité, mise en avant de la singularité contre l’homogénéisation du collectif, ignorance flirtant avec l’inconscient freudien… À lire ce livre de Thierry Aimar, la pensée d’Hayek est vraiment inattendue et séduisante.
Pourquoi a-t-elle été alors aussi mal comprise ? Comme Ayn Rand, chef de file de l’égoïsme libertarien, ou même Hobbes, il y a un trouble concernant tous ces penseurs rangés du côté droit et réac de la politique, voire du côté du mal, et qui nourrissent pourtant toute une pensée du soi et des individus condamnés à vivre ensemble. Pourquoi les rejeter, par bonne conscience ou alors par crainte d’être voué à soi seul et à son propre risque ?

Sons diffusés

  • Archive extraite de l’entretien télévisé de F. Hayek avec John O'Sullivan (1985)
  • Chanson Dollar de Gilles et Julien (1932)
  • Lecture de La route de la servitude de Hayek par Georges Claisse 

Bibliographie

Hayek : du cerveau à l'économieThierry AimarMichalon, collection Le Bien Commun , 2019

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