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Des vœux de bonne année

Des vœux de bonne année

5 min
À retrouver dans l'émission

Dans le "Gai savoir", Nietzsche évoque le Nouvel An et fait le voeu de penser "encore". Du 31 décembre au 1er janvier, tout recommence, rien n'a changé. Pourtant quelque chose se passe, mais quoi ? Peut-on être indifférent à ce passage ? Echapper à cette sensation impalpable et l'euphorie générale ?

Des vœux de bonne année
Des vœux de bonne année Crédits : CSA Images - Getty

Pourquoi fêter la nouveauté quand tout recommence comme d’habitude ?
C’est la question que je me pose à chaque rentrée et à chaque nouvelle année. Je me la pose parfois seule, parfois grâce à des philosophes : avec Kierkegaard, par exemple, qui parle de la reprise, ou avec Nietzsche, et son aphorisme du Gai savoir, que j’ai découvert il y a deux ans : 4ème livre, §276, dans lequel il formule le souhait pour le Nouvel An de penser “encore”.
Contre toute attente, même Nietzsche, que je croyais indifférent, au-dessus de ce genre d’événement, fête donc la nouvelle année… D’où ma question aujourd’hui : est-il possible, au contraire, de NE PAS marquer le coup, d’être totalement indifférent à ce passage du Nouvel an ? 

Du 31 au 1er… 

Qui aurait cru que Nietzsche pouvait faire ses vœux de nouvelles années… Je l’imagine criant, lui aussi, le décompte avant minuit, gobelet à la main, hurlant “bonne année” et embrassant ses amis avec euphorie et sûrement ivre... Pourquoi pas après tout : il a sûrement dû avoir aussi ses réveillons seul et sobre, à ressasser l’éternel retour du 31. Ça arrive… 

Un ami, par exemple, m’a raconté s’être couché un 31 décembre à 22h et réveillé le lendemain, le 1er janvier donc, à 8h, passant, sans s’en rendre compte, d’une année à l’autre. Moi-même, cette année, j’ai tenté le coup : ne pas fêter le nouvel an. Et pourtant, puis-je dire que j’y ai été insensible ? Non, j’ai quand même trinqué à la tisane, et je me suis demandé toute la soirée ce que ça faisait de ne pas le fêter. Et mon ami, peut-il vraiment dire qu’il ne s’en est pas rendu compte ? Non plus, car il s’est bien réveillé en se disant qu’une nouvelle année s’ouvrait à lui… 

Voilà donc le problème : même si on ne veut pas fêter le nouvel an, même si on sait bien que cet instant, d’une année à l’autre, ne changera pas d’un coup la face du monde, ou sa personne, il se passe quand même quelque chose… Mais alors quoi, si ce n’est pas quelque chose de clair, de franc, de visible ? Que se passe-t-il dans cette fraction de seconde, ce presque-rien, auquel on ne peut pas échapper ? 

Insensible mais pas indolore 

On peut trouver une somme de réponses à cette question : que passe-t-il dans ce court passage d’une année à l’autre, passage insensible mais pourtant pas indolore, pas insignifiant ? Il y a la réponse scientifique : c’est la fin et le début d’une unité de temps ; il y a la réponse symbolique : c’est la fin et le début d’une étape, le moment de faire le bilan et de formuler ses vœux, personnels ou politiques.
Mais est-ce suffisant de dire ça ? Ne pas penser à ça, au calendrier, au bilan, aux résolutions, n’enlève rien à ce passage : il reste là. Quoique l’on en fasse, quoique l’on fasse à ce moment-là, il est là. Événement vide, insaisissable, creux, que l’on comble avec des voeux, de l’alcool, des amis ou de la famille, ou qu’on laisse tel quel… le Nouvel An nous révèle qu’on ne peut pas ne pas en être. 

Faire avec 

On ne peut pas s’extraire de ce flux temporel, conventionnel, social… Je crois que c’est ça qui se passe, c’est ce que nous fait le Nouvel an : il nous montre qu’il y a une impossibilité d’être en dehors du monde, à distance, une impossible disparition de soi, un retrait utopique. Il faut faire avec, mais alors comment ?
L’événement de la nouvelle année est là, implacable, nécessaire, il s’impose à nous, comment se résoudre alors à faire avec ? Chanter, le célébrer, s’y vautrer, aveuglément, semble une solution, la plus courante. Ou alors, on peut suivre Nietzsche : dans son aphorisme 276, 4ème livre du Gai savoir, il déclare en effet :

Je veux toujours plus apprendre à voir la nécessité dans les choses comme le beau

Voir cette nécessité du jour de l’an, s’y plier, avec lucidité, sans ivresse, se rendre à l’évidence qu’il est là, qu’on n’y peut rien, qu’on est pris de fait dans ses filets, qu’on doit s’y résigner, peut-être tout cela peut-il le rendre au moins un peu beau. 

Sons diffusés :

  • Vœux d’Emmanuel Macron le 31/12/2019
  • Chanson Happy new year des McGuire Sisters 
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