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Fessée interdite !

Fessée interdite !

4 min
À retrouver dans l'émission

Le vendredi 30 novembre 2018, l'Assemblée nationale a voté une proposition de loi à portée largement symbolique visant à interdire les "violences éducatives ordinaires", comme les fessées ou gifles...

Fessée interdite !
Fessée interdite ! Crédits : FPG - Getty

Maltraitance des enfants

Vous le savez comme moi, dans nos pays, le consensus autour de l’interdiction de la maltraitance des enfants est total, Dieu soit loué ! En France, au-delà de l’édiction de normes éducatives, l’État, au travers de l’école et de bons nombres de services sociaux, veille à ce que les enfants ne subissent aucune violence, pression ou négligence de la part de leurs parents.
Depuis 1989, l’État a même mis en place un Service national d’accueil téléphonique pour l’enfance en danger. N’importe qui peut appeler le 119 et témoigner. L’appel est anonyme et enclenche une sorte d’enquête afin de savoir s’il y a lieu ou non d’intervenir.

Violence éducative ordinaire

Mais il y a un autre sujet sur lequel le consensus, pour le coup, n’est pas total. C’est celui des violences ordinaires. Or le débat n’est pas nouveau ! Pour vous en persuader, il suffit d’écouter le journal télévisé datant de 2002 !

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Tandis qu’André Santini alors député-maire d’Issy-les-Moulineaux milite en faveur d’une interdiction de la fessée, Francisca Dauzet Flamand, psychanalyste et militante pour la bientraitance des enfants insiste sur le fait qu’il s’agit d’une question non pas de loi, mais de culture. Ce que Francisca Dauzet- Flamand semble ignorer, c’est justement la culture de la loi en France, cette passion toute française de légiférer sur tout et que l’on peut faire remonter, sans trop de raccourcis, à la théorisation de Rousseau de la loi comme expression de la volonté générale, et donc comme rempart aux pouvoirs exécutif et judiciaire dont les Français, tout au long de leur histoire, n’ont cessé de se méfier. Mais alors André Santini a-t-il fini par avoir gain de cause ? Oui ! Mais pas tout de suite. La loi interdisant la fessée n’a été adoptée qu’il y a deux semaines, c’est-à-dire plus de quinze après ce fameux journal télévisé.

Débats

À vrai dire, il y a eu plusieurs tentatives pendant ces quinze années, mais aucune n’a vraiment abouti. La dernière date de 2016. C’était une mesure greffée au projet de loi « égalité et citoyenneté ». Elle  avait pour mission de modifier dans le code civil la définition de l’autorité parentale, en excluant, je cite, « tout recours aux violences corporelles » envers les enfants. Mais la mesure a été censurée par le Conseil constitutionnel au motif que la mesure n’avait aucun lien avec le projet de loi initial. C’est ce qu’on appelle en droit un « cavalier législatif », une technique bien connue des juristes et qui tend à faire passer une disposition législative sans éveiller l’attention de ceux qui pourraient s’y opposer. Car de l’opposition, il y en a ! Si des associations telles que la Fondation pour l’enfance ou l’Observatoire de la violence éducative ordinaire, suivies par de nombreux acteurs publiques et de nombreuses personnalités politiques militent pour ce qu’ils appellent une « éducation bienveillante » ou encore « une parentalité positive » qui excluent tout châtiment corporel, fessée ou gifle, l’idée a du mal à prendre et la fessée et la gifle sont encore perçus, par beaucoup de parents, comme une correction parfois nécessaire et qui ne témoignent en rien ni d’une maltraitance ni d’un manque d’amour. Ne dit-on pas, après tout, « qui aime bien châtie bien » ? Cette position là est même défendue par certains philosophes, comme Emmanuel Jaffelin qui explique que les petits châtiments sont souvent utiles et témoignent de la relation charnelle qui existe entre des parents et leurs enfants, relation dans laquelle l’État n’a aucun droit de s’ingérer.
Quoiqu’il en soit, la nouvelle proposition de loi interdisant la fessée adoptée il y a deux semaines par l’Assemblée nationale, qui reprend mot à mot celle de 2016, n’est assortie d’aucune sanction pénale, elle a avant tout une visée pédagogique, de l’aveu même de ses rapporteurs.
De la pédagogie sans sanction, voilà une vision bien étrange !

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