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Après ma mort, que retiendra-t-on de moi ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Après la mort de Johnny Hallyday, ou celle de Chirac, chacun y est allé de son hommage, son anecdote, chaque rédaction a dégainé sa nécrologie… Cette affluence de témoignages renvoie à soi, et à sa propre mort. Quand je serai parti.e, que dira-t-on de moi ? Que gardera-t-on de moi ?

Ça n’est pas une réflexion inédite : tout le monde a pensé à la mort. Certains en ont fait des chefs d’œuvre, des monuments de littérature, de chansons ou de philosophie, d’autres ont simplement envisagé la fin dans le secret de leur âme, certains sont allés s’allonger des années sur le divan pour y faire face, d’autres l’ont refoulé en se divertissant.
Mais personne n’y a échappé. Et personne n’y échappera d’ailleurs. Est-ce que ça fait mal ? Qui va pleurer ma mort ? Que vais-je manquer en disparaissant de ce monde ?... Ce sont peut-être quelques-unes des questions que vous vous êtes déjà posé. Et puis il y a celle-ci : qu’est-ce qu’on retiendra de moi ? 

Beaucoup ont dû se faire la réflexion avec la disparition de Jacques Chirac et le nombre d’hommages rendus : les rédactions semblaient dans les starting blocks, chacune prête à dégainer sa nécrologie de l’ancien Président de la République, son reportage, ses photos et ses articles sur Chirac bon vivant, Chirac et l’écologie, Chirac et la Mairie de Paris, etc. etc.
Suite à cette séquence, un article de Libération a expliqué le processus d’écriture des nécrologies, en réponse à un lecteur qui demandait quelles étaient celles que le journal avait déjà en stock.
Et c’est une question que je me suis souvent posée : quand et comment envisage-t-on d’écrire la nécrologie de quelqu’un ? À partir de quels critères décide-t-on de mettre en avant ou pas tel élément de sa vie ? Au-delà des faits (date de naissance, d’élections, nombre d’albums vendus ou prix remportés), qui est en droit de choisir tel angle pour une personne qui ne se réduit pas à une frise chronologique ? 

Dire tout ou rien 

De là, ma question : que retenir de quelqu’un qui disparaît ?
Avec Jacques Chirac, la question se pose à peine : tout a été dit sur lui… Mais de moi, que retiendra-t-on ? C’est une question qui peut paraître égocentrique mais qui est essentielle pour chacun d’entre vous, car souvenez-vous du mot de Sartre : l’existence précède l’essence…
Une fois l’existence finie, on ne peut plus y échapper : il est temps de se définir. Mais comment faire une fois que l’on est plus là ? 

La mort de Johnny Hallyday a été une longue agonie médiatique, sur plusieurs jours, sur tous les fronts, sous toutes les formes. De ses meilleurs titres à, et ça dure encore, la question de son héritage. Comme pour Jacques Chirac, rien ou presque n’a été oublié.

Mais quand on a tout dit ou presque, a-t-on vraiment dit quelque chose de quelqu’un ? Je ne crois pas… Et en même temps, ne faut-il pas en dire trop que pas assez ? Car, en effet, comment faire pour tous les autres, pour la majorité silencieuse ? Que restent-ils de tous ceux, et ils sont nombreux, comme vous et moi, qui ne sont pas connus comme Chirac et Johnny ? Qui pour écrire la nécrologie de tous ces inconnus ?

Se définir tout court

Là est le problème de la nécrologie : trop ou pas assez, et pourtant nécessaire pour saluer nos morts, la nécrologie ne fascine pourtant que celui qu’elle concerne, et qui, comble du sort, n’est en général pas là pour la lire… Et si elle fascine les autres, c’est parce qu’elle nous renvoie à nous, à notre propre mort, à ce qu’on aimerait qu’on retienne de nous. 

Le problème n’est pas donc pas : comment faire pour se définir une fois mort, mais comment faire pour se définir tout court ?

Imaginez : lire ce que la postérité, même à une toute petite échelle, comme celle de votre famille ou de vos amis, gardera de vous… Et mesurer l’écart ou la proximité avec vos propres impressions… Retiendra-t-on de moi ce que je veux qu’on retienne ? En qui avoir confiance pour faire ma nécro ? Le problème est que je n’ai même pas confiance en moi pour contenir en quelques mots l’amplitude de mon existence. Car, et j’en reviens à Sartre, on a d’abord tendance à se définir à partir de quelques traits caricaturaux ou aimables, tel un "garçon de café" et loin de ce qui fait une essence unique…
Au fond, la nécrologie porte peut-être très bien son nom, elle ne dit rien de la vie et révèle au moins une chose : Sartre n’est pas allé assez loin, l’essence d’une personne n’apparaît peut-être même pas au moment du point final. 

Sons diffusés :

  • Annonce de la mort de Jacques Chirac, BFM TV, 26/09/19
  • Eloge funèbre de Johnny Hallyday par Emmanuel Macron, BFM TV, 09/12/17 
  • Chanson de Michel Berger, Paradis blanc
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