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Delphine Seyrig et Toni Servillo

Qui sont les acteurs ?

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Comment les acteurs, êtres d’apparence et de jeu, redéfinissent-ils l’identité et la personne ?

Delphine Seyrig et Toni Servillo
Delphine Seyrig et Toni Servillo Crédits : Getty

Ce sont deux livres consacrés respectivement à une actrice (Delphine Seyrig) et à un acteur (Toni Servillo) qui me donnent aujourd’hui l’occasion de vous parler des acteurs. Et quand on y pense, rien de plus omniprésents que les acteurs : en Une des magazines, sur les plateaux TV, invités à faire de la promotion, à s’engager ou à simplement poser. 

Célébrés, détestés, on en fait l’emblème d’une société du spectacle fondée sur les apparences, où « le vrai n’est qu’un moment du faux », et dépassant largement le cadre du cinéma ou du théâtre… De quoi se demander qui sont les acteurs. 

Une question elle aussi omniprésente pour les penseurs : Aristote et sa Poétique des caractères, Diderot et Le paradoxe du comédien, Constantin Stanislavski et le jouer juste ou vrai... Mais la question peut sembler au fond elle-même douteuse : jouer est-il vraiment une question d’être ? 

A propos de son métier d’acteur, Jean Gabin le voyait à la fois comme une simple tâche à accomplir, bien ou mal, mais aussi plus que ça… Simple métier ou grande œuvre de traduction, l’ambivalence de l’acteur est là : il est un passeur dont on peut oublier qu’il joue. On oublie en effet qu’il joue, mais on ne saurait pour autant dire qui il est, lui, au fond…. Alors quelle sorte de trace peut-il laisser ? 

Laisse-t-il quelque chose de son jeu, d’une émotion, d’un souvenir qu’il nous a fait ? Est-il l’incarnation d’un caractère, d’un style par-delà ses interprétations et ses personnages, d’un simple visage ? Qui sont donc les acteurs, comment redéfinissent-ils quelque chose de l’identité et de ce qu’est une personne ? 

Comme je l’ai mentionné au début de ce Journal, ce sont deux livres qui m’ont donné l’occasion de poser cette question de l’être des acteurs, question classique de l’Antiquité à aujourd’hui en philosophie. Le 1er de ces livres est un petit ouvrage d’Hélène Frappat sur le comédien italien Toni Servillo (éditions Séguier), que vous avez peut-être vu dans La grande bellezza de Paolo Sorrentino.

Et elle y propose cette distinction vraiment intéressante, pas encore lue, entre l’acteur qui joue un rôle dans un film, et la star ou le monstre qui, lui, incarne, par-delà la variation de ses personnages, une fonction impersonnelle. Par exemple : Toni Servillo incarne, par-delà ses rôles, le pouvoir ; Bette Davis la garce ; Marylin Monroe l’enfance ; ou Cary Grant, la fuite… 

On voit bien ainsi que le monstre n’est pas qu’une somme de rôles ou qu’une personne artificielle, mais une nouvelle forme d’être : c’est un personnage impersonnel, une identité abstraite, stylisée… 

Le 2ème livre dont je voulais vous parler, c’est une biographie de l’actrice Delphine Seyrig par Mireille Brangé (Nouveau monde éditions). Si on reprend la distinction entre acteur et monstre, on ne peut pas dire que Delphine Seyrig est seulement une actrice qui joue juste ou vraie, ni un monstre qui incarne une fonction impersonnelle. 

Au contraire : comédienne, réalisatrice, engagée, elle nous pousse à trouver un autre nom où ce ne sont pas les rôles qui font plier la personne, mais la personne qui fait plier ses propres rôles. Peut-être la réponse se trouve-t-elle chez Hobbes, dans le Léviathan, quand il disait : « personnifier, c'est être l'acteur, c'est se représenter soi-même »… 

Extraits : 

-Jean Gabin, INA, 6 décembre 1970

-Paolo Sorrentino, La grande bellezza

-François Truffaut, Baisers volés 

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