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Jurgen Habermas, Edouard Glissant et Cornélius Castoriadis

Les vies de la biographie philosophique

6 min
À retrouver dans l'émission

Cornelius Castoriadis, Edouard Glissant et Jürgen Habermas, tous ont eu droit à leurs biographies. Que veut-on savoir de la vie d’un philosophe ?

Jurgen Habermas, Edouard Glissant et Cornélius Castoriadis
Jurgen Habermas, Edouard Glissant et Cornélius Castoriadis Crédits : Getty

Pas une, ni deux, mais trois ! Le mois dernier, trois biographies importantes sont parues ou reparues : Castoriadis, Glissant, Habermas. C’est vrai, j’aurais pu parler séparément de chacune d’entre elles, d’autant que ces trois philosophes ont peu à voir ensemble (si ce n’est leur siècle et la pensée politique, ce qui est déjà pas mal, mais aussi très vaste)… mais pourtant, une observation s’impose : la permanence de ce genre qu’est la « biographie de philosophe ». Et une question se pose : que veut-on savoir, que peut-on, et surtout, que faut-il savoir de la vie d’un philosophe ? 

Commençons par Habermas. Et l’avant-propos de son auteur, Stefan Müller-Doohm : « pourquoi donc consacrer une biographie à cette personnalité ? », demande-t-il. Et on pourrait même se demander : pourquoi donc consacrer des biographies à des personnalités philosophiques ? Les réponses sont multiples, elles sont en tout cas à la fois subjectives (l’envie correspond d’abord à celle de l’auteur) et objectives (le besoin d’apporter un éclairage neuf, différent ou nécessaire  sur un grand penseur). 

Mais à la question du pourquoi s’ajoute surtout celle du comment, et là est le véritable enjeu de ce genre littéraire, sociologique et historique qu’est la biographie philosophique : ni monographie ni autobiographie, ni chronologie sèche ni témoignage privé, ni article Wikipédia ni hagiographie… comment écrire la vie d’un philosophe ? Et quelle vie ? La question est double : il y a celle de l’écriture et celle de la vie… mais avant cela, il y a une question de méthode : où se placer, d’où écrire ? Quelle est la bonne distance ? 

Ce qui est frappant, c’est que toute biographie ne fait jamais l’économie de cette question de la distance : Stefan Müller-Doohm en parle clairement : entre refus de l’essence authentique d’une personne et plongée empathique dans une sphère privée, il a choisi « d’étudier la dialectique de l’individu et de la société », approche opportune pour un philosophe comme Habermas qui s’intéresse à la place de l’individu dans l’espace public et à sa communication avec les autres. 

Poursuivons avec Castoriadis et sa biographie par François Dosse. Après la question de la distance, vient celle de l’écriture d’une vie. Qu’est-ce qu’écrire une vie de philosophe ? A quoi ressemble une telle écriture, à la bonne distance, entre objectivité et subjectivité ? Là-dessus, le livre de François Dosse sur Castoriadis est exemplaire : il nous donne toutes les caractéristiques d’une bonne biographie à portée de tous les connaisseurs, amateurs ou grands ignorants de ce penseur multiple. 

D’abord, il commence par la naissance et il finit par le décès de l’auteur. C’est peut-être dérisoire de le souligner, mais c’est essentiel. Une biographie a un début et une fin, comme toute existence. De là, elle est chronologique, elle suit le déroulé, dans le cas de Castoriadis, de cette pensée de l’histoire et dans l’histoire, ancrée dans une époque, marquée par des événements (l’explosion de la psychanalyse, Mai 68, les réflexions en pleine guerre froide sur la démocratie)… Mais, et c’est très important, une biographie ne dit pas tout. Tout ne s’écrit pas, et ce n’est pas une question de censure, mais d’équilibre. Mais comment choisit-on de dire ou de ne pas dire ? Que doit-il rester d’une vie ? Peut-on le décider à la place du philosophe dont on parle ? 

Finissons avec Edouard Glissant et son identité généreuse par François Noudelmann. Que dire d’une vie, donc ? Mais qu’est-ce qu’une vie d’abord ? François Noudelmann le demande lui-même, dans son avant-propos. Il faudrait des années de cours pour étudier toutes les réponses de philosophes sur ce sujet, mais comme il le rappelle : Sartre voulait tout expliquer de la vie de Flaubert, les structuralistes, eux, préféraient s’arrêter sur des détails, des biographèmes, et les sciences sociales ont fait, quant à elles, tomber le sujet écrivant pour lui préférer ses déterminations. 

Mais est envisagée une autre possibilité ici : la multiplicité des vies d’un philosophe, celle du quotidien, des interventions publiques, et celle des rêves. Comment ces vies se nouent-elles, comment sont-elles des ilots ou des brèches, c’est une manière d’écrire un philosophe. 

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