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Porttrait de Spinoza

Leave Spinoza alone ?

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Star du rayon « développement personnel » de votre librairie, Spinoza serait le philosophe du mieux-vivre… au prix d’une meilleure connaissance de sa pensée ?

Porttrait de Spinoza
Porttrait de Spinoza Crédits : Wikimedia commons

Une tendance, une mode, une manie même peut-être qui m’interpelle : Spinoza. Depuis septembre, presqu’une trentaine de livres sont sortis sur Spinoza. Il y a ainsi : 

-des études comparatives (Spinoza / Freud, Spinoza / Sartre, Spinoza / Malebranche) ; 

-des études qui insistent sur un texte en particulier (l’Ethique ou le Traité politique) ou sur un aspect spécifique de sa pensée : c’est, par exemple, le Spinoza politique d’Etienne Balibar (PUF), le Spinoza subversif d’Antonio Negri (Kimé), le Spinoza historique de Maxime Rovère avec son Clan Spinoza (Flammarion), ou le Spinoza des passions, du social, du mal… ; 

-ou puis, il peut s’agir de portraits et monographies du philosophe (d’Alain et Ariel Suhamy) ; 

Mais il y a encore un autre type livres qui paraît sur Spinoza, ce sont ceux qui voient sa philosophie comme un secours pour mieux vivre. 

C’était la voix de Frédéric Lenoir à qui l’on doit, paru en novembre dernier chez Fayard, Le miracle Spinoza : une philosophie pour éclairer notre vie. Ce livre (dont la version audio sort début juillet), s’inscrit dans un ensemble d’ouvrages que l’on ne trouve, à vrai dire, que sur Spinoza : sur une « droite manière de vivre », au quotidien et même jusqu’à la fin de ses jours. 

Que le philosophe connaisse des commentaires, lectures, rééditions récurrentes, peut s’expliquer par la multiplicité des sujets et des pans qu’il a abordés (l’éthique, la politique, le social, et même la psychologie), mais aussi par l’actualité de ses propos (la séparation entre religion et Etat, sa vision de la démocratie fondée sur la liberté de penser, les rapports du corps et de l’esprit, ou encore la portée de nos affects et de la joie). 

Mais comment expliquer que Spinoza soit un des seuls philosophes que l’on associe au mieux-vivre ? On pourrait répondre : parce qu’il a justement évoqué tout cela. Mais pourquoi pas Descartes et ses Passions de l’âme, pourquoi pas les stoïciens et leur culture de soi, pourquoi pas Nietzsche et sa philosophie de la vie ? 

Pourquoi s’empare-t-on de Spinoza aujourd’hui pour vivre ? Pourquoi lui et pourquoi pour vivre ? Voilà ce que je me demande. 

Une manière d’y répondre est de faire appel à Gilles Deleuze qui, à travers ses cours à Vincennes et dans son livre, Spinoza, philosophie pratique, éclaire d’une certaine manière le sens de toutes ces lectures prônant le bien-vivre spinoziste. Dans ce livre, il rappelle ainsi le lien entre sa philosophie théorique et spéculative et ses propositions pratiques, il explique l’élaboration de cette science pratique des manières d’être, c’est-à-dire de cette éthologie. 

Mais suffit-il de dire qu’il y a une dimension éthique, pratique et éthologique du spinozisme pour comprendre un tel recours à son œuvre ? Entre le snobisme qui refuse de voir en Spinoza une béquille pour notre développement personnel, et ceux qui le font valoir par une tautologie en disant qu’il aide à mieux vivre parce qu’il prône… l’éthique d’une meilleure vie, comment faire ? 

Tous les philosophes pourraient aider à mieux vivre, parce qu’ils donnent une version de ce qu’est la vie et peuvent ainsi la faire supporter… Mais pourquoi le dire et redire ce que Spinoza a dit et fait mieux ? Pourquoi ne pas aller au cœur de l’œuvre directement, analyser en profondeur la joie, la connaissance, le désir ? Ou pourquoi pas, comme un Borges qui aime Spinoza, oublier finalement le sonnet qu’il lui était consacré, et ainsi oublier de le sacraliser ?  

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