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En rouge et noir : c'est parti !

Toute première fois

2 min
À retrouver dans l'émission

Pensez à tout ce qui entoure ces premières fois, ces inquiétudes, ces projections et fantasmes... Et si, finalement, c'était les deuxièmes fois qui comptaient?

En rouge et noir : c'est parti !
En rouge et noir : c'est parti ! Crédits : sarayut Thaneerat - Getty

Aujourd’hui, je vais vous parler… d’hier. Hier ou ma première fois ici, au micro. Stressée, j’ai décidé, pour me préparer, de lire ce que disent les philosophes des premières fois. 

Le premier prime

Ce qui est premier est très important pour les philosophes : par exemple, au Moyen-Âge, on parlait de “philosophie première” pour désigner la métaphysique, soit les principes qui gouvernent l’existence des choses et des êtres au-delà de l’expérience que nous en faisons. En logique, et dans la bouche d’Aristote, pas de conclusion possible sans prémisses. Le premier, c’est la nouveauté et l’événement, la nécessité et la priorité, c’est l’origine et le début de tout. 

En philosophie, comme dans la vie d’ailleurs, le premier prime, et ça, ça ne m’a pas du tout rassuré… 

J’ai donc décidé de fermer mes bouquins, et je me suis demandée : pourquoi une telle importance accordée aux premières fois et pas aux autres fois, la 6ème fois ou la 23ème ? Pourquoi devrait-on tous se souvenir de sa première fois, voir son enfant manger de la banane pour la première fois, et pourquoi devrait-on pouvoir argumenter seulement à conditions d’avoir posé des pro-positions, comme le soutient Aristote ?

D’où ma question : serait-il possible de se passer de première fois ? De faire quelque chose sans débuter ? Et même, pourquoi pas : de commencer une chose sans la débuter, d’entamer une relation en allant directement au deuxième soir ? C’est paradoxal, mais pourquoi pas. 

Il n’y a que des deuxièmes fois

Certes, on me dira qu’avant 2, il y a 1, tout comme la pluie mouille, ou le feu brûle... mais c’est là tout le problème : la logique et la nécessité sont-elles suffisantes pour faire de toute première fois une priorité, pour lui donner la primeur et la primauté ? 

Pensez à tout ce qui entoure ces premières fois, ces inquiétudes, ces projections et fantasmes, parfois cathartiques, souvent vaines. Une première fois n’est pas seulement une première, chronologique, temporelle, mais morale, sentimentale : on ne vit pas une première fois en tant que telle, on se dit surtout qu’on vit une première fois. Elle n’a de valeur que par cette ascendance qu’on lui fabrique et qu'on ne lui connaît pas puisque, précisément, c’est une première. Elle n'est rien encore pour nous sauf ce qu’on en fait : un souvenir qu’on se construit, un projet qu’on anticipe. Il n’y a pas de première fois, il n’y a que des fois… ou alors, des deuxièmes fois. 

Mais qu’en est-il de ces deuxièmes fois ? Pourquoi les philosophes n’en parlent-ils pas ? Quelqu’une m’a dit pour me rassurer : tu verras les premières fois, c’est pas le plus dur, le plus dur, ce sont les deuxièmes fois… je ne sais pas si je l’en remercie aujourd’hui. 

Mais elle n’avait pas tort : c’est le deuxième album, la deuxième chance, le deuxième enfant, la deuxième chronique peut-être ? C’est là l’événement, cette confrontation entre ce qu’on a déjà esquissé et ce qu’on peut faire de plus, entre la réalité un peu explorée et l’imagination déployée, et c’est là où on mesure toute la nouveauté. 

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