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Que se passe-t-il quand on change d’heure ?

Passage à l’heure d’hiver : et si Bergson s’était trompé sur le temps ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Ça nous arrive tous les ans, et ça nous bouleverse momentanément : nous sommes passés à l’heure d’hiver… Comment penser une telle plasticité du temps ? Qu’aurait pensé Bergson de ces changements d’heure, lui qui pensait le temps du monde immuable ? Que se passe-t-il quand on change d’heure ?

Que se passe-t-il quand on change d’heure ?
Que se passe-t-il quand on change d’heure ? Crédits : George Peters - Getty

Comme tous les Européens, dans la nuit de samedi à dimanche, je suis passée à l’heure d’hiver, c’est-à-dire qu’à 3h du matin, je suis repassée à 2h du matin. Certains diront qu’on a perdu une heure (puisque de 3h du matin, on est repassé à 2h), d’autres diront qu’on a gagné une heure (puisqu’on a eu un 2ème passage de 2h à 3h, et donc 1h en plus de sommeil).
C’est d’ailleurs toujours les mêmes discussions : « n’oublie pas, ce week-end : on change d’heure », « je suis perdue, on perd ou on gagne une heure ? »…
Si tout est cependant plus simple maintenant avec les smartphones où le changement se fait automatiquement, et donc presque insensiblement, pourquoi, ce passage à l’heure d’hiver (ou d’été) ne se fait-il pourtant jamais dans l’indifférence ? Que se passe-t-il quand on change d’heure ?

Expérience métaphysique 

Une heure en plus ou en moins, et tout vous semble profondément transformé...
Deux fois par an, depuis quelques décennies, j’ai l’impression de le vivre différemment : une fois, fatiguée, une autre, hantée par une sensation de décalage, d’autres, à l’inverse, surprise de son peu d’effets sur moi... 

Bien sûr, il faut relativiser, en quelques jours, on a déjà tous oublié. Pourtant, et j’en fais sûrement trop, mais en avez-vous déjà fait l’expérience directe : avez-vous déjà vu votre réveil passer de 2h59 à 2h, ou de 1h59 à 3h, avoir l’impression folle d’être aspiré dans une faille temporelle, d’être pris tout à coup dans l’angoisse que le temps n’est peut-être pas si fiable, que nos repères n’ont rien de certains, ou d’être exalté de l’infini des possibles que représente une telle plasticité du temps ? 

Parfois, je me demande comment l’a vécu Proust, sachant que le passage à l’heure d’été a été institué en 1917 en France. Sa temporalité en a-t-elle été modifiée ? A-t-il recherché le temps autrement ? Même chose pour Bergson : j’ai appris avec lui que le temps du monde est immuable, divisée en intervalles scientifiques, mais que ma durée propre est singulière et continue. Qu’aurait-il pensé de ce temps modifié qui par là-même choque ma durée ? 

Le temps se malaxe

En 2021, tout cela va s’arrêter : les Européens l’ont décidé.
Pourtant, vivre un tel changement d’heure a quelque chose de fou : c’est une expérience temporelle.
J’ai évoqué le nom de Bergson et sa distinction entre temps (objectif) et durée (subjective)… Mais il se produit en fait deux prises de conscience avec le changement d’heure : 

  • celle, à travers tout mon corps que ma durée subjective, profonde, qui entremêle souvenirs, projets, sensations présentes, reste malgré tout informée par le temps des horloges (des heures, des minutes, des secondes) ;  
  • mais aussi, celle que ce temps des horloges ne flotte pas non plus en l’air, il est manié… 

Au-delà de l’expérience métaphysique, il se produit en effet quelque chose de frappant : le fait que la loi temporelle, que l’on pense implacable, que l’on pense subir soit pourtant malléable, une sorte de pâte que les hommes ont le pouvoir de malaxer en fonction de leurs besoins, et de manière justifiée et rationalisée (à base d’arguments sanitaires, écologiques ou économiques). 

Au fond, et c’est ce que je me suis demandé samedi à 2h59 : Bergson avait-il vraiment raison ? Avait-il vraiment raison de dire que ma durée individuelle n’a rien à voir avec le temps objectif ? Et inversement ?

Inventer un nouveau temps 

Imaginer la possible rencontre entre la lune et le soleil, c’était la promesse des changements d’heure… Et la preuve que le temps qui nous semble immuable ne l’est en fait pas, mais aussi la preuve d’un renversement : pour une fois, le temps n’est pas extérieur à nous, comme l’a dit Bergson, il ne file pas sous nos yeux, il ne nous écrase pas de son poids, il semble plutôt, malgré nos lamentations, se faufiler à travers nous, nous l’expérimentons concrètement et le mêlons à notre durée intérieure, et si nous pensions le subir, nous avons ici la preuve que nous pouvons l’inventer…

Sons diffusés :

  • Chronique sur RTL dans l'émission On a tellement de choses à se dire, 26/10/2019
  • RTBF, Le 13h, 31/08/2018
  • Chanson de Charles Trenet, Le soleil a rendez-vous avec la lune
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