LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le sommeil

Eloge du sommeil

5 min
À retrouver dans l'émission

Si la philosophie s'est beaucoup intéressée à la veille, elle s'est moins penchée sur ce qu'Epicure décrit comme un besoin naturel et nécessaire à satisfaire : le sommeil. Devenu le mal du siècle, il peut devenir un rêve... Au-delà du repos, qu'est-il ? Pourquoi le désire-t-on ?

Le sommeil
Le sommeil Crédits : CSA-Images - Getty

J’ai besoin de sommeil. Chaque matin, que j’ai dormi 4 ou 8h, c’est une torture. Il m’en faut toujours plus, plus de temps au lit, plus de temps à ne rien faire, à ne pas penser. En feuilletant un livre qui vient de sortir aux éditions Albin Michel : Eloge du retard de la philosophe Hélène L’Heuillet, j’ai été frappée par le titre d’une de ses parties, la deuxième précisément : « Rêver de dormir ». 

Dans ces quelques mots, j’ai vu alors, noir sur blanc, ce qui m’arrivait depuis quelques temps. Le sommeil n’était plus seulement ce que je devais faire durant l’une des moitiés de ma journée, un besoin naturel et nécessaire à satisfaire, comme pourrait le dire Epicure, il était devenu plus, il était devenu un rêve : un souhait presque inaccessible, surréaliste, comme si je demandais la lune… Comment le sommeil est-il donc devenu un rêve, mon rêve ? 

« Rêver de dormir »

Comme le dit très bien Hélène L’Heuillet, dans son Eloge du retard, en ouverture de sa partie sur le sommeil : celui-ci est devenu le mal du siècle. A force de vouloir tout faire dans l’urgence, de vouloir rentabiliser notre temps, de ne plus se déconnecter, « on ne sait plus dormir ». Le tout en nous reprochant, pourtant, de ne pas assez dormir, d’être épuisés, et de le dire…  

Ce constat sans appel, cruel, m’a tout de suite interpellée. Dans les pages suivantes, la philosophe déplie ce mal du siècle, ce paradoxe d’un sommeil qui n’a plus rien de réparateur, devenu somnolence, abrutissement devant les écrans ou insomnie inefficace et souvent douloureuse. Que le sommeil redevienne repos, je reconnais ce qui est décrit ici. 

Mais je dois le dire : ce n’est pas ce qui m’arrive aujourd’hui. Non, mon rêve de sommeil ne correspond pas à ça, à retrouver un temps pour dormir et pour mieux retrouver celui pour agir. Non, mon rêve de sommeil est beaucoup plus simple, mais peut-être plus difficile aussi : je veux dormir tout le temps. Que le sommeil déborde, qu’il s’étale, qu’il soit le centre de ma vie, le seul objectif de mes journées.  
Et donc, voilà : je me demande pourquoi. Pourquoi le sommeil est-il donc devenu mon but à accomplir coûte que coûte ?

Dormir quand on n’est pas fatigué

Bachelard a raison : la philosophie s’est beaucoup intéressée à la veille et à la plus haute activité de veille qui soit : la pensée.
Et elle a, du coup, oublié cette autre activité de notre vie, tout aussi active justement : les songes. Mais j’aimerais ajouter à tout ça : le sommeil. Celui que je recherche tant mais qui a si peu fait parler de lui… Car oui, je me demande : pourquoi je le recherche tant s’il n’a rien d’intellectuellement excitant, et si, en plus je ne suis pas fatiguée ?

Qu’a-t-il à me dire, à m’apporter ? Il n’est pas forcément réparateur, il ne laisse parfois aucune image, aucun rêve, et surtout : quand on y est, on ne le sait pas. Alors, pourquoi en ai-je tant envie ? En fait, le sommeil a ceci de paradoxal : je le veux lui, assommant, de plomb, sans fin, un sommeil dont on a du mal à s’en extirper, mais il n’a pourtant rien d’exceptionnel, de remarquable… Et je crois que c’est ça qui le rend désirable : il nous frappe sans avoir rien de frappant. 

Pour un éloge du sommeil

Voilà pourquoi je veux dormir : je ne le veux pas pour aller mieux, comme on le demande aujourd’hui. Au contraire : je le veux lui, sur le moment, et pas en pensant à ce qu’il pourrait m’apporter de reposant ou de réjouissant. 

Le sommeil est en fait la seule occasion, à mes yeux, de faire un pied-de-nez, un barrage à tout ce qui nous assaille, suppose de l’attention, des efforts, de l’investissement. Et c’est l’occasion d’atteindre, sans alcool ni drogue, le vide, la neutralité, c’est un blanc épais qui ne laisse pas de traces et demande peu de choses.
On fait beaucoup l’éloge de la paresse, de la discrétion, de la contemplation... J'aimerais qu’on fasse celui du sommeil : car il est mieux que tout ça, il n’est rien, et c’est ça qui est bien.  

Sons diffusés :

  • Extrait du documentaire Sommeil : prenez soin de vous, France 5, octobre 2019
  • Archive Gaston Bachelard, France Culture, Les Nuits, 5/06/2016
  • Chanson d'Etienne Daho, Le grand sommeil
Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Bibliographie

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......