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Philosophie du végétal

Philosophie du végétal

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Champs, herbe, plantes ou fleurs, le végétal exerce un attrait incontestable sur les penseurs. Que peut nous apporter une philosophie du végétal ?

Philosophie du végétal
Philosophie du végétal Crédits : David Marano Photography - Getty

Philosophie du végétal est le titre d’un ouvrage collectif paru aux éditions Vrin, mais c’est aussi tout un mouvement que l’on remarque à travers les diverses publications récentes. Champs, herbe, plantes ou fleurs, le végétal exerce un attrait incontestable sur les penseurs. Et c’est une nouveauté, car ce qui ressort en premier lieu de ces parutions, c’est le constat que jusqu’à maintenant, le traitement de cette question végétale manquait cruellement à la pensée.
Pourquoi une telle absence ? Et pourquoi une telle émergence aujourd’hui ? De quoi est faite cette philosophie du végétal ? Quelles interrogations soulèvent-elles et que peut-elle nous apporter ? 

Proximité des plantes et de la philosophie

Entre philosophie et plantes, les liens ont toujours été étroits : Aristote était considéré comme le père de la biologie, Julien Offray de La Mettrie, médecin et philosophe, auteur de L’Homme plante, Goethe et sa Métamorphose des plantes, ou encore, Rousseau passionné de botanique…
Les exemples ne manquent pas pour révéler cette proximité de la réflexion avec les végétaux.
Pourquoi les plantes semblent-elles alors absentes de la pensée ? Et pourquoi semblent-elles faire un retour ou une apparition fracassante chez elle ? 

C’est que jusqu’ici le végétal n’était souvent traité que de manière partielle ou très circonscrite, comme un moment de rêverie ou de pure expérimentation scientifique, ou encore comme une question préliminaire à une analyse animale et anthropologique.
Qui pourrait bien ainsi présenter tel philosophe comme le philosophe du végétal ? Qui pourrait désigner le penseur des plantes par excellence dans l’histoire des idées ? Qui pourrait dire en quoi consiste une philosophie du végétal ? 

Là est le problème : les réflexions sur les plantes ne sont pas absentes mais il n’y a pas de philosophie du végétal en bonne et due forme… Ce qui est en train  de changer aujourd’hui ! Eloge de la plante, Plaidoyer pour l’arbre, À quoi pensent les plantes, et bien sûr le brillant Vie des plantes d’Emanuele Coccia : ce sont quelques-uns des titres parus et qui permettent de dessiner cette nouvelle philosophie. Mais pourquoi maintenant ? Et que nous dit-elle ? 

Inverser le rapport de l’homme à la nature 

Comme toute philosophie, les problématiques posées dans le cadre végétal, des racines jusqu’aux fleurs, embrasse des dimensions multiples.
Il faut ainsi distinguer parmi toutes ces réflexions : 

  • celles qui portent sur les plantes en tant que telles, qui soulèvent des problématiques de mort, de vie, de beauté, d’intelligence ou de conscience des végétaux, c’est ainsi le cas du livre d’Emanuele Coccia, La vie des plantes.
  • les analyses de l’espace végétal : la forêt, les champs ou les jardins, comme autant de territoires d’exploitation ou d’exploration, des modèle de culture ou de politique, c’est ainsi que peut se lire l’ouvrage de la philosophe Joëlle Zask, La démocratie aux champs
  • et enfin les pensées qui tissent un lien entre les hommes et la nature à partir du végétal : c’est ce qu’on trouve dans le très beau livre de l’historien Alain Corbin, La fraîcheur de l’herbe

De fait, il faut différencier la pensée du végétal pour lui-même et la pensée du végétal comme modèle pour l’homme. Mais toutes les deux ont le mérite d’inverser le rapport entre l’homme et la nature : non plus l’un contre l’autre, mais l’un avec l’autre. Non plus l’homme maître de la nature, mais la nature pour elle-même ou comme biomimétisme, comme source de pensée et de vie pour l’homme. 

La plante, nouvelle manière de penser 

Ce que le végétal peut nous apporter et ce qu’une telle philosophie peut aussi nous apporter, c’est de quoi penser un autre rapport à la nature (c’est en partie dans cette actualité d’urgence écologique que les plantes font d’ailleurs leur grande apparition), un autre rapport au travail, au partage, à la culture et à l’habitation des territoires, un autre rapport au temps aussi, celui de la croissance des plantes et d’une époque (perdue peut-être ?) où l’on avait le loisir de les regarder et de les respirer. 

Mais il y a encore quelque chose en plus derrière tout cela : l’idée que les ressources, les idées, solutions ou remèdes ne se trouvent plus seulement en l’homme, mais ailleurs : dans ce qui l’entoure et l’environne.
C’est ainsi que Gilles Deleuze et Félix Guattari avaient pris le rhizome comme nouvelle structure de savoir, ou que Descartes avait dessiné un arbre de la connaissance.
Et c’est ainsi que les plantes, loin d’être un objet passif d’étude, résistent à nos usages politiques ou éthiques et remettent même en question nos manières de penser. 

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