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Pourquoi se méfier de la vigilance

Qu’est-ce que la vigilance, et pourquoi il faut s’en méfier ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Suite de la réflexion sur les dangers de la vigilance prônée par Emmanuel Macron dans son appel à "bâtir une société de vigilance". Va-t-on devenir le policier de son voisin ? Brandie comme une solution sécuritaire, pourrait-elle au contraire nous priver de liberté en dictant une "bonne" conduite ?

Pourquoi se méfier de la vigilance
Pourquoi se méfier de la vigilance Crédits : CSA-Images-Vetta - Getty

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur l’appel d’Emmanuel Macron à bâtir une "société de vigilance", car cette question a continué à me trotter dans la tête d'autant que, depuis lundi, le sujet est loin d’être clos : le voile reste dans le top des sujets débattus : Le Monde a publié un article sur la tentation grandissante pour la vidéosurveillance, et l’Université de Cergy a fait circuler en interne une fiche (désormais retirée) invitant à la détection des "signaux faibles" de radicalisation.
Autant d’éléments qui concourent à instaurer une vigilance, déjà intériorisée par la plupart, mais désormais officialisée par certaines institutions et dispositifs sécuritaires, et qu’il s’agit d’interroger, mais aussi de critiquer et pourquoi pas de refuser. Pourquoi faut-il être vigilant avec la vigilance ? Voici trois arguments.

Liberté / sécurité

Tout comme Emmanuel Macron, le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a appelé à être vigilant face à ce qui ressemble à un signe de « relâchement » avec la République. Mais comme je l’ai dit lundi : cet appel à la société de vigilance, vue comme une solution, me semble paradoxale. 

Définie comme une attention soutenue, la vigilance en est pourtant le contraire.
Loin d’être, en effet, une curiosité ou un souci porté à autrui, elle conduit surtout à transformer certains individus en danger, à les cibler et à nous mettre dans un état permanent d’alerte. Dit autrement, et c’est le premier argument : elle nous pousse à céder une part de notre liberté au nom de la sécurité. 

Prévenir, protéger, prémunir, serait la solution contre la liberté qu’a chacun de croire, de se vêtir ou de parler à qui il veut. Mais contre la liberté, aussi, qu’a chacun de ne pas vouloir prêter attention à ce que l’autre fait. Je ne veux pas être le policier de mon voisin, ni qu’il ne soit le mien… C’est une chose peu dite, mais comment faire comprendre que la vigilance met en danger la liberté de certains, mais aussi de tous et chacun d’entre nous au nom de la sécurité ?  

Y aurait-il une bonne manière d’être libre ? 

A priori, et c'est heureux, nous sommes libres de nous vêtir comme bon nous semble. Mais est-ce si sûr selon les propos de Jean-Michel Blanquer ?
Depuis que je suis en âge de suivre les informations, pas une séquence politique sans que j’aie entendu parler du port du voile, et toujours pour osciller entre la défense d’un espace public neutre, c'est-à-dire libéré de tout signe religieux, et celle d’une liberté individuelle à même de croire et de l’afficher sans pour autant agresser autrui… Et on en est encore là.
On en est encore là : à toujours stigmatiser les mêmes, à savoir des femmes voilées et en général les musulmans, et on va même plus loin : on projette ce qui serait une bonne manière d’être libre, à savoir libre de tout, de toute croyance, domination ou appartenance, et correspondant en tout point à cet espace politique et public neutre. 

Mais je me demande, et c’est mon deuxième argument : que reste-t-il encore de cette liberté individuelle et de ce qu’on en fait, si elle ne peut ni s’afficher en public, au nom de la laïcité, ni s’afficher désormais en privé au nom de la vigilance ?
On ne veut plus d’un côté, un espace public, et de l’autre, un espace privé, on veut un tout neutre, un seul grand espace lisible, visible, transparent. 

Y aurait-il une bonne manière d’être libre ? 

Repérer, scruter, surveiller : autant d’actions qui découlent de la vigilance, et qui tentent de tirer du paraître une manière d’être. Que dit une barbe de celui qui la porte ? Ou une voiture mal garée ? Eh bien, souvent, ils ne disent rien. Mais ils disent tout de ceux qui y voient justement des signes. Ils disent tout de ce qui plane dans cet air du temps vigilant : il n’y aurait pas seulement une bonne manière d’être libre, mais d’être, tout court. 

C’est au fond ce qui me choque le plus dans cette histoire de vigilance, et c’est mon troisième argument : c’est qu’on pense faire la part, pourtant indiscernable pour le sujet lui-même, entre ce qui tient du bon et du mal, du libre et du soumis en chacun de nous. Et encore au prix de la liberté. Je finirais alors avec cette phrase de Tocqueville : "C’est en jouissant d’une liberté dangereuse que l’on apprend l’art de rendre les périls de la liberté moins grands".

Sons diffusés :

  • Audition de Christophe Castaner le 8 octobre 2019 à l’Assemblée nationale suite à la tuerie à la Préfecture de Police de Paris, BFM TV
  • Interview de Jean-Michel Blanquer, BFM TV, 13/10/19
  • Reportage sur la vidéosurveillance, JT 20h France 2, 01/04/19
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