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Comment se fabriquent les stéréotypes ?

Comment se fabriquent les stéréotypes ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Elle, Marie-Claire, Modes&Travaux ou Vogue, des années 70 à aujourd’hui, comment la presse construit-elle les stéréotypes féminins ?

Comment se fabriquent les stéréotypes ?
Comment se fabriquent les stéréotypes ? Crédits : Lambert - Getty

En 1974, paraissait pour la première fois Femmes-femmes sur papier glacé : la presse "féminine", fonction idéologique d’Anne-Marie Lugan Dardigna, un essai sur la manière dont la presse féminine façonne les représentations des femmes. Il reparaît aux éditions La Découverte.
À travers 250 articles, elle révélait les mécanismes de fabrication de « la femme ».
45 ans plus tard, si les mœurs et les magazines féminins ont évolué, si les blogs sont nés, cet essai n’en est pas moins d’actualité, parce qu’il interroge les codes qui régulent l’espace médiatique, et qu’il soulève cette question : comment se fabriquent les stéréotypes ? 

Un espace public critique ou aliénant ?

Quelles sont les filles que l’on voit dans ELLE ? Peut-on en tracer un modèle-type, une silhouette, des caractéristiques ? Ce modèle est-il le même d’une époque à l’autre, d’un magazine à l’autre, Marie-Claire, Cosmo ou Vogue

Spontanément, on pourrait répondre « non » à tout ça : « non, les femmes ne se ressemblent pas, d’une époque et d’un magazine à un autre », « non, il n’y a pas une femme, mais des femmes », et on pourrait aussi s’empresser d’ajouter que la presse féminine n’est pas la grande fautive de la domination des femmes, mais qu’elle a, au contraire, servi à leur émancipation. 

Et on n’aurait pas tort… mais on n’aurait pas raison non plus… car toute l’ambiguïté est là !
La presse féminine n’est pas univoque, unanime, elle ne décrit pas d’une seule voix et explicitement un seul modèle féminin. Au contraire, et c’est la thèse de ce livre, elle propose, à travers une foule à priori diverse et pas prescriptive, d’images, de figures, d’éléments de langage, de conseils, de situations, un tableau cohérent et en fait homogène de ce que doit être une femme. Et là est l’ambiguïté. 

Plus généralement, là est l’ambiguïté, la problématique de la presse.
En 1962, le philosophe Habermas retraçait ainsi une « archéologie de l’espace public » : d’abord espace caractérisé par un usage public de la raison, et donc critique et émancipateur, avec la presse, il s’est peu à peu transformé en espace d’intérêts particuliers à destination de la masse.
De là, une uniformisation des discours, une tyrannie de la majorité, et un seul modèle de vie, un stéréotype, imposé en creux, par sexe et par genre. 

L’art de donner vie aux stéréotypes

Faut-il en vouloir à la presse féminine ? Et à la presse en général, aux fameux « médias » ? Faut-il arrêter de la lire ? Ou les lire en voulant déceler tout ce qui se joue de manière cachée ?
Plus que des injonctions à lire ou pas, le livre d’Anne-Marie Lugan Dardigna met au jour ces tensions à l’œuvre dans la presse : 

  • 1 : les enjeux politiques et idéologiques qui se logent dans les discours et les images les plus ludiques et désinvoltes
  • et 2 : la ligne unique et oppressante derrière la diversité bienveillante des propos. 

Et il soulève cette question essentielle : jusqu’où cette ligne unique, ce modèle-type que l’on tire de la presse féminine s’appuie sur des normes préexistantes mais contribue aussi, tout autant à les renforcer ? Autrement dit, comment d’une réalité déjà informée par les normes, elle fabrique des stéréotypes un peu plus normalisants ? 

Ce qui apparaît alors, c’est la construction de normes sous forme de types : la femme au foyer, aimante, patiente, douce, ou la femme dynamique, travailleuse, sur tous les fronts… la maman ou la putain, etc. Autant de stéréotypes, c’est-à-dire de clichés qui gomment toutes les aspérités de la réalité… tout en laissant penser qu’il s’agit pourtant de la réalité. Et ce qui apparaît surtout, c’est un comble : le pouvoir du papier qui fait agir des personnages fabriqués de toutes pièces et qui, pourtant, nous pousse, à notre tour, à leur donner vie et raison. 

Sons diffusés :

  • Chanson de Jacques Dutronc, J’aime les filles
  • Archive INA, reportage sur le magazine ELLE (1967)
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