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Faut-il faire la paix (avec soi-même et avec les autres) ?
Épisode 22 :

Faut-il faire la paix (avec soi-même et avec les autres) ?

5 min
À retrouver dans l'émission

On entend souvent que l’absence de troubles, de conflits, le calme et la sérénité seraient la clé d’une existence bien menée. Mais est-ce si sûr que ça : la paix est-elle le signe que tout est réglé entre soi et les autres, entre soi et soi-même ?

Faut-il faire la paix (avec soi-même et avec les autres) ?
Faut-il faire la paix (avec soi-même et avec les autres) ? Crédits : George Peters - Getty

Parmi les nombreux poncifs de la littérature mi-philosophie mi-développement personnel, être en paix avec soi-même, son corps, ses échecs, ses rêves et même sa vie, en toute simplicité, est l’un des plus remarquables. 

La guerre ou la paix

Si on aime lire les livres et les articles de développement personnel, de bien-être et de coaching, comme c’est mon cas, il faut malgré tout reconnaître qu’on peut très vite s’ennuyer. Il y aurait beaucoup d’autres reproches à faire à ce champ singulier qui a tant de succès, mais je reste toujours frappée par l’écart qu’il y a entre la promesse (qui n’aurait pas envie d’aller bien) et le manque d’imagination des solutions apportées, des arguments aux exemples employés. 

Si on est attentif, on pourra ainsi remarquer que dans ce domaine, c’est la binarité qui domine, car il s’agit toujours : soit de se mettre à l’épreuve, de sortir de sa zone de confort, de faire face à ses faiblesses et ses échecs, d’étendre sa vision et son action, soit, au contraire, de faire la paix, d’être non pas sur le front mais en retrait, dans la résilience et l’acceptation d’un état de fait. Et c’est bien de cette deuxième voie que j’aimerais vous parler aujourd’hui. 

Faire la paix avec les autres, trouver la paix en soi-même, cultiver sa paix intérieure… les formules varient peu car toute l’idée ne tient au fond qu’à un seul but : surtout ne pas être en conflit, ne pas faire de vagues, ni troubles ni obstacles. Mais de quoi cette paix est-elle faite si elle n’est qu’absence (de conflits, d’obstacles, de vagues ou de troubles) ? Que peut apporter la paix quand elle n’est que la négation de son contraire ? 

Remous, doutes et inquiétudes

Pourquoi tant vouloir atteindre la paix ? Qu’est-ce que peut apporter un tel état de tranquillité, de sérénité et de concorde ?
Pour ma part, beaucoup de choses : comme j’en ai déjà parlé lundi, pour rien au monde, je ne sortirais de ma zone de confort... Mais encore faut-il s’entendre sur cette zone de confort, sur ce cercle soit disant sécurisant et apaisant que les coachs tracent autour de notre “moi” et qui serait fait de nos relations familiales, amicales, du travail et des occupations quotidiennes. 

La paix, il faut le dire, est loin d’être toujours acquise, il faut du courage pour s’y tenir et même se battre pour y rester. Tout le paradoxe est là : la paix est faite de remous, de doutes, d’inquiétudes, et vouloir l’atteindre est se méprendre sur le calme censé y régner. Hélas, la paix n’est pas le signe que tout va bien et la trouver, comme on tomberait sur un trésor, relève du fantasme. 

C’est terrible, mais l’existence n’a souvent rien d’une alternative, ou d’une succession d’états, passant du champ de batailles, avec des camps bien définis, à un état de trêve où tout serait parfait.
La paix, je dirais, a même quelque chose de profondément trompeur : car qui peut se dire définitivement tranquille avec lui-même, comme s’il avait signé un pacte avec lui seul, qui peut dire qu’il accepte tout des autres, sans broncher ?
Se lever le matin est déjà un effort, faire avec son corps parfois, souvent, une plaie, faire avec d’autres que soi une épreuve, et les soirs de plaisir et d’ivresse se paient toujours d’une gueule de bois monumentale.
Mais de quel état de calme, de tranquillité et de paix parlons-nous ? Que voulons-nous ?

Une paix... pas apaisante

Au fond, le problème est là : dans cette idée que l’on se fait de la paix qui serait, au choix, quand on l’oppose à la sortie d’une zone de confort, l’engluement nocif dans ses habitudes, la paresse de celui qui se vautre, ou qui serait, quand on la valorise, quand on la recherche, le déni des tensions qui nous animent, l’absence de toutes vagues qui nous bouleversent. Tout ou rien.
C’est dommage parce qu’il y a souvent un peu de tout et beaucoup de presque-rien. Pour ma part, j’apprécie l’engluement, j’aime la routine et les habitudes, rester sur un canapé ne me fait pas peur et encore moins culpabiliser. Mais ce n’est pas pour autant un état de tout repos. Je ne trouve jamais la paix dans ces moments-là, je suis au contraire submergée de plaisirs et de pensées.
La paix, ou du moins, les moments de calme, de confort, de sérénité, n’ont rien d’apaisant, c’est dur à avaler, mais il faut faire avec. 

Sons diffusés :

  • Vidéo YouTube, Comment être en paix avec moi-même de Nathalie Martin, 10 octobre 2018
  • Chanson de Stephan Eicher, Déjeuner en paix
  • Chanson de Jean Humenry, En paix avec toi-même
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