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Eros, dieu ou déesse ?

Éros, dieu ou déesse ?

5 min
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Pour Sarah Chiche, écrivaine et psychanalyste, les femmes sont le moteur de la psychanalyse. Dans son nouvel ouvrage, elle évoque, du temps de Freud à nos jours, la relation de la psychanalyse au sexe, à l'amour, à la liberté et propose une méditation sur le rapport des femmes au désir.

Eros, dieu ou déesse ?
Eros, dieu ou déesse ? Crédits : Arman Zhenikeyev - Getty

Sarah Chiche publie Une histoire érotique de la psychanalyse : de la nourrice de Freud aux amants d'aujourd'hui aux éditions Payot.

Du fond et de la forme

Avant de vous parler du fond, laissez moi vous dire que la forme est superbe. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir le livre et lire le premier paragraphe. Je cite : 

Tout est perdu. De l’enfant que nous avons été, il nous reste que des récits déformés par le temps, des images floues – de prairie rectangulaire, un peu en pente et à l’herbe drue où nous avons joué, de rivières où, les pantalons retroussés sur les mollets, nous avons tenté de pêcher des poissons à mains nues, de classe à l’odeur de craie et d’ennui épais, de lits dans lesquels nous avons cru mourir de désœuvrement ou mourir de peur ou rêvé de devenir indien, cosmonaute, beau, courageuse, alpiniste, danseur, exploratrice, pilote d’essai, dresseuse de chevaux, ou écrivain, en attendant que les ans passent et nous jettent dans le tourbillon des adultes. Nous y voilà. Nous y sommes. Et les bras au creux desquels nos espérances ont poussé, jamais nous n’en retrouverons la chaleur. 

Une ode aux femmes, véritables héroïnes de la psychanalyse

Mais revenons au sujet ou plutôt à la thèse du livre.
Selon Sarah Chiche, depuis le début, les femmes sont le moteur de la psychanalyse. On rappelle souvent que Freud est devenu psychanalyste en étudiant les femmes hystériques, de même que Lacan qui l’est devenu en s’intéressant au cas d’Aimée, une patiente paranoïaque dévorée par une passion amoureuse érotomane.
Toutes ces histoires sont connues et Sarah Chiche les raconte. Mais ça n’est pas le cœur de son propos. Ce qui l’intéresse c’est plutôt de montrer comment, dès le départ, les femmes n’ont pas seulement été des objets privilégiés de la psychanalyse, mais ont fait l’histoire de la psychanalyse comme théoriciennes, créatrices et penseuses. Et je re-cite : 

Fougueuses, combatives, excessives, parfois fatales pour qui les approche aussi bien que pour elles-mêmes, les femmes dont il est question dans ce livre brûlent d’un feu que rien ne vient éteindre – parfois au risque de s’y calciner. 

On comprend l’intention. Le livre de Sarah Chiche est un sublime hommage à toutes ces femmes qui ont refusé de se conformer aux assignations et aux normes liées à leur sexe et à leur genre, c’est aussi une ode à leur courage et à leur liberté. 

Pédagogie par l’exemple

En prenant appui sur ces héroïnes réelles mais aussi sur des héroïnes de fiction, Sarah Chiche nous propose une méditation profonde sur le rapport des femmes à l’amour et au désir.
Pourquoi, comme Marylin Monroe, souffrons-nous toujours des mêmes maux d’amour ? Pourquoi certaines d’entre nous, telle Marnie dans le film d’Alfred Hitchcock, ont-elles un fantasme de sauvetage par l’amour ? Pourquoi d’autres, comme Lou Andréa Salomé, doivent attendre longtemps avant de connaître le plaisir ? Pourquoi d’autres encore, tel Alexandre dans le film de Jean Eustache La Maman et la Putain, ne peuvent désirer ce qu’ils aiment et aimer ce qu’ils désirent ? Comment, en venons-nous, parfois, à haïr notre conjoint, comme ce fut le cas entre le psychanalyste britannique Donald Winnicott et sa première femme ? Comment acceptons-nous aussi, parfois, comme ce fut le cas de Virginia Woolf ou de Jean Maynard Keynes, d’accepter que la personne qu’on aime en aime une autre sans cesser pour autant de nous aimer ? Peut-on, comme Catherine Millet, continuer une thérapie avec un psychanalyste avec lequel on vit une histoire d’amour ? Que faire, comme la Lol V. Stein de Marguerite Duras relue par Lacan, quand la jalousie nous obsède jusqu’à nous détruire ?

Amour, sexe et psychanalyse

Quelque soit vos désirs cachés, vos peurs inavouables ou vos vices inavoués, tout est dans ce livre. Ce qui est à la fois immensément rassurant, car l’on se sent moins seul et à la fois terriblement inquiétant, car en général, cela finit mal. Et jamais pour les mêmes raisons !
Parler de sexe, ça n’est pas toujours parler d’amour et inversement. Il y a toutes sortes d’arrangements, d’écarts et de compromis entre le sexe et l’amour. Nous sommes dans ce domaine d’une créativité infinie. Aimer peut même parfois, voire souvent, être profondément érotique. À cette question du conflit entre sexe et amour s’ajoute mille autres questions, comme celle du renversement de l’amour en haine ou encore celle du désamour soudain auquel on ne peut rien. On a rarement lu un livre autant épris de liberté où toutes les représentations communément admises sur le sexe et l’amour cèdent les unes après les autres sous le poids d’un récit à la fois délicieusement drôle et grave.
Sarah Chiche se demande : avons-nous vraiment besoin de la psychanalyse aujourd’hui pour parler de sexe et d’amour ? Sans doute. Mais à la lire, c’est surtout d’elle dont on a besoin pour en parler ! 

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