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Michel Foucault

Deux cours inédits de Michel Foucault sur la sexualité

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L’événement philosophique de 2018 aura sans doute été la publication de deux cours inédits sur la sexualité prononcés par Foucault en 1964 et 1969, soit avant sa nomination au Collège de France. L’occasion de voir Foucault véritablement au travail, dans un style qu’on ne lui connaissait pas.

Michel Foucault
Michel Foucault Crédits : Jean-Pierre FOUCHET

Foucault avant le Collège de France

Puisqu’est arrivée la période où l’on doit jeter un coup d’oeil rétrospectif sur l’année qui vient de s’écouler, on peut dire que du côté de la philosophie, elle aura été très largement marquée par la publication de deux textes inédits de Michel Foucault. D’abord Les aveux de la chair, paru en février, et qui correspond au quatrième et dernier volet de l’Histoire de la sexualité. Et plus récemment, les éditions Gallimard, de l’EHESS et du Seuil ont fait paraître deux cours, prononcés par Foucault en 1964 à Clermont-Ferrand et en 1969 à Vincennes, avant donc sa nomination au Collège de France, et consacrés eux-aussi au thème de la sexualité. Et c’est sur la publication de ces notes de cours que j’aimerais revenir ce matin, un événement quand on sait qu’avant eux, aucun des enseignements donnés par Foucault ailleurs qu’au Collège de France n’avaient été rendus publics.

Sexualité et folie : deux objets de pensée historique

En commençant la lecture, on est assez surpris de voir qu’une grande partie des leçons consiste en un ensemble de données, très factuelles, qui concernent entre autres, les différents modes de reproduction des êtres vivants, les comportements sexuels des animaux ou encore la sexualité infantile. Comme si l’objectif de Foucault était en fait de réaliser une sorte d’état des connaissances sur la sexualité à son époque, ce que l’on n’est pas vraiment habitués à lire sous sa plume. Mais si on prend un peu de recul et qu’on essaie de regarder au-delà de ce qui ressemble à de simples listes d’informations, on s’aperçoit qu’en réalité on peut retrouver le projet qui est celui de Foucault dans ses premiers textes publiés, et qui consiste en une étude des conditions d’apparition de certains objets de pensée dans l’histoire. Si l’on prend l’Histoire de la folie par exemple, Foucault avait montré dans ce livre que la folie, ce n’est pas du tout la même chose au XVIIème et au XXème siècle : ce qui nous apparaît aujourd’hui comme une maladie qui doit se soigner dans un hôpital, n’était pas perçu différemment il y a quelque temps du libertinage, de la pauvreté, ou de toute forme de désordre social. Et dans les cours qui nous intéressent aujourd’hui Foucault montre qu’il en va de même pour la sexualité : l’expérience de la sexualité qui apparait au XIXème n’est pas la même que celle qui avait cours à l’âge classique. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la sexualité telle qu’on la pense aujourd’hui n’est pas quelque chose qui a existé de tous temps, mais plutôt que chaque culture invente sa propre expérience, sa propre conception de la sexualité. Ce qui signifie que pour Foucault, il y a un ensemble de conditions spécifiques qui, a un certain moment de l’histoire, font émerger une certaine expérience de la sexualité. Et ce qui l’occupe dans ces deux cours, c’est de savoir ce qu’est la sexualité dans notre culture.

Qu’est-ce que la sexualité pour nous, européens aujourd’hui ?

Elle consiste en un double discours, qui naît pour Foucault au XIXème. La sexualité pour nous, c’est d’une part un objet de savoir, c’est quelque chose qui est pris en charge par un discours qui veut être un discours scientifique. Et c’est aussi en même temps l’objet d’un discours qui en fait ce que Foucault appelle une limite. Ce qui caractérise notre culture, c’est un partage qui fait de la sexualité à la fois un objet à connaître, et ce qui relève d’une expérience limite. Pour comprendre ça on peut dire par exemple que la sexualité c’est l’objet de la biologie, qui nous renseigne sur la reproduction, sur l’influence des hormones, etc. Mais en nous donnant ces renseignements, la biologie fait de la sexualité ce qui est naturel en l’homme, ce qu’il a de commun avec le monde animal, et donc en réalité ce qui est, en nous, à la limite de l’humain. Et Foucault fait un peu les mêmes observations en ce qui concerne la psychanalyse, qui fait du sexuel ce qui dirait enfin la vérité du sujet humain. Mais en même temps on sait que dans l’expérience analytique, le sujet conscient découvre qu’il n’est pas le maître de ce qu’il dit, qu’un autre sujet se dévoile lorsque le refoulé, et donc le sexuel, est dit. En un mot, et pour citer Foucault dans un texte presque contemporain de ces cours qui s’intitule Préface à la transgression : « ce qui caractérise la sexualité moderne, ce n’est pas d’avoir trouvé, de Sade à Freud, le langage de sa raison ou de sa nature, mais d’avoir été dénaturalisée, jetée dans un espace vide où elle ne rencontre que la forme mince de la limite ».

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