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Coronavirus : peut-on être dans le déni ?

Coronavirus : éloge du déni ?

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Quelle attitude adoptez-vous face à la propagation du coronavirus ? L'épidémie agit comme un révélateur, et pour ma part, j'ai adopté celle du déni... Est-ce un souci de volonté ou de savoir ?

Coronavirus : peut-on être dans le déni ?
Coronavirus : peut-on être dans le déni ? Crédits : George Peters - Getty

Les suspicions de contamination en France, fondées ou pas, le nombre de victimes qui s’accroît, l’horizon du confinement, les mesures de précaution, la capacité du gouvernement et des municipalités à faire face à l’épidémie… à mesure que le virus s’approche, j’ai adopté la position précisément inverse : le détour, le pas de côté, l’indifférence… autrement dit : le déni.
En me penchant sur le terme, j’ai d’ailleurs vu qu’il était, par définition, mal vu (déni de grossesse, déni de justice). Les personnes dans le déni sont mal vues parce qu’elles n’auraient pas su ou voulu voir, justement. Mais le déni est-il un problème de volonté ou de savoir ? 

Avant la catastrophe : typologie des réactions

L’épidémie agit comme un révélateur. Ce n’est pas nouveau : face au désastre, quand on est poussé dans ses retranchements, notre nature profonde apparaît.
Les séries et les films catastrophes jouent d’ailleurs là-dessus et nous livrent toujours des castings sans failles : l’égoïste, le débrouillard qui sait transformer un stylo en tournevis, le bon samaritain, ou le cynique qui voit dans la fin du monde l’opportunité d’une nouvelle vie. 

Mais avant la catastrophe, avant qu’elle ne soit réelle, au moment de son imminence, quand il ne passe encore rien et que tout est encore possible, que faire ? Quels sont les profils types qui apparaissent à ce moment-là ? 

Il y a, je crois, deux grandes catégories de personnalités : d’un côté, les lucides, et de l’autre, les naïfs.
Ces deux grandes catégories se divisent elles-mêmes en deux : 

  • les lucides passifs qui attendent la fin du monde, ils s’y sont résolus avec fatalité, et les lucides actifs qui se préparent, font des provisions et des projections. 
  • côté naïfs, on a les optimistes : ils ne s’inquiètent pas car le monde va ainsi. Et on a les aveuglés : ceux qui n’y croient pas, à coups d’arguments ou pas. 

Mais il y a aussi ce type qui échappe à toutes ces catégories : celui qui n’en fait rien. 

Peut-on volontairement se voiler la face ? 

Comment comprendre que l’on puisse ne pas être inquiet, aveuglé, naïf ou d’une lucidité sereine face à l’épidémie ou à une autre catastrophe ? Est-il vraiment possible de ne pas s’en préoccuper ? Ou est-ce juste l’illustration parfaite de l’expression « se voiler la face » ? Le cas typique du déni ? 

Le déni, par définition, est le fait de ne pas vouloir reconnaître comme vraie ou juste une chose qui est généralement reconnue comme vraie ou juste. Cette définition est intéressante : car le déni est ici présenté comme le résultat d’une volonté, d’une action réfléchie, consciente, décidée. 

Mais est-ce vraiment ce qui se passe quand on est dans le déni ? S’agit-il vraiment d’une décision, d’une question de volonté ? J’ai du mal à croire que dans le cas d’une catastrophe, épidémie ou autre, on connaisse ses implications, mais que l’on décide, tout à coup, de ne plus les connaître. 

J’ai donc une autre hypothèse : je crois que l’on peut savoir, mais que, sans effet de décision, ce savoir peut ne rien faire, il peut ne produire aucun des effets attendus, normalement escomptés. Là est le paradoxe du déni : non pas dans la volonté de ne pas vouloir, mais dans le fait de savoir sans savoir, plus précisément : sans savoir quoi en faire. 

Etre face sans faire face 

Comment peut-on savoir sans savoir ? Ou plutôt : comment peut-on être face à un événement sans y faire face ?
La question se pose concrètement de nos jours : par rapport à la catastrophe climatique, par rapport des situations d’injustice dont nous sommes conscients sans pourtant agir… On loue pourtant beaucoup le fait de faire face, d’ouvrir les yeux, mais le cas d’Œdipe qui devient voyant, plus lucide, en se crevant les yeux est pourtant frappant.
De là, loin de moi l’idée de me culpabiliser d’un défaut de réaction face à l’épidémie, je me rabats sur cette idée que le déni ne veut pas dire que je n’ai pas vu ou su mais que je n’en ai eu rien à faire ! 

Sons diffusés :

  • Journal de 8h du lundi 24 février 2020, France Culture 
  • Sketch François Rollin
  • Chanson de Johnny Hallyday, Faire face
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