LE DIRECT
Film "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Miloš Forman, 1976

Le soin à l’écran

5 min
À retrouver dans l'émission

Champ d’études à part entière en philosophie, le soin est aussi un genre cinématographique. Comment la douleur se met-elle en scène ? Quel ensemble de gestes la pratique du soin suppose-t-elle ? Quels rôles reviennent au soigné et au soignant ?

Film "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Miloš Forman, 1976
Film "Vol au-dessus d'un nid de coucou" de Miloš Forman, 1976 Crédits : Herbert Dorfman/Corbis - Getty

Ethique du care et cinéma médical

En philosophie, le soin est un champ d’études à part entière.
C’est l’éthique du care que l’on trouve tout aussi bien travaillé outre-Atlantique où il a émergé avec les travaux de Joan Tronto et Carol Gilligan, ou en France avec ceux de Sandra Laugier, Fabienne Brugère, Claire Marin et Frédéric Worms, entre autres. 

Mais au cinéma, le soin rassemble aussi tout un ensemble de films : L’ordre des médecins, La maladie de Sachs, ou encore Hippocrate et Première année du même Thomas Lilti, sans oublier le cinéma américain ou toutes les séries médicales…
La liste est très longue et nous indique à quel point le soin pourrait être un genre cinématographique à part entière, comme en philosophie donc. 

Cinéma et philosophie ont ainsi beaucoup à se dire sur ce sujet, et c’est cette voie commune que trace le livre de Nicolas Vonarx, Santé et maladie au cinéma : L’éclairage des sciences humaines et sociales, aux éditions Liber.
Comment la douleur se met-elle en scène ? Quel ensemble de gestes, quelle gestuelle, la pratique du soin suppose-t-elle ? Ou enfin, quels rôles reviennent au soigné et au soignant ? Cet ouvrage répond en 12 films, j’en ai choisi 3 :

"Knock" et les rôles du médecin et du malade

Quels rôles ont à jouer le soigné et le soignant ? La douleur va-t-elle forcément de pair avec une mise en scène ?
Dans son ouvrage, Nicolas Vonarx a recours au film de 1951 avec Louis Jouvet, Knock, pour révéler comment l’ère scientifique a donné le pouvoir à la médecine, et par là-même, a contribué à créer la figure du malade. 

Etre malade est devenu, avec l’essor des sciences, un nouvel état, une identité en tant que telle, caractérisée par un certain nombre de traits objectifs : des symptômes, un diagnostic et un traitement, ou subjectifs : des maux, de la douleur, la demande d’un remède et l’espoir de la guérison.

Autrement dit, Knock, et le cinéma en général, nous montre ce qu’il y a de créé dans le soin, autant par la science que par l’usage : le rôle que l’on attend d’un patient, se soumettre à l’examen, suivre les instructions, ou mettre en scène sa propre douleur, la dire, la jouer… Et celui que l’on attend du médecin : un thérapeute, sachant-savant, tout-puissant, capable de déceler une différence entre grattouiller et chatouiller et d’y remédier. 

"Hippocrate" et l’apprentissage des gestes 

Ce que le film Knock révélait de manière ironique, un film comme Hippocrate le montre de manière beaucoup plus sérieuse et dramatique : le soin est un ensemble de gestes que l’on a à effectuer et à apprendre, c’est un dispositif pratique qui lie des soignants à des soignés et inversement. 

De la même manière que l’acteur intériorise une certaine gestuelle propre à un rôle, le médecin et le patient jouent leurs rôles respectifs, mais comment comprendre que le soin ne soit pas pour autant un jeu, ni un surjeu ? Comment comprendre que ce qu’il y a de créé dans la maladie, quand on est soigné ou soignant, ne soit pas de la pure invention ? 

C’est ce que montre ce film, Hippocrate : l’apprentissage du soin, que ce soit du côté du soignant ou du soigné, n’est ni naturel ni purement construit. Il n’y a pas une seule manière et une bonne manière de soigner ou d’être soigné. Il n’y a que des expériences vécues, que des trajectoires singulières, ce que nous invite à découvrir chaque film sur le soin.

"Vol au-dessus d’un nid de coucou", le soin au-delà de la maladie

Difficile, enfin, de parler de soin à l’écran sans évoquer ce film mythique de Miloš Forman, sorti en 1975, Vol au-dessus d’un nid de coucou.
Ce film opère ce que le cinéma permet en général : nous ouvrir un monde qui peut nous être étranger, éloigné, inconnu, mais ici d’autant plus qu’il nous convoque dans un univers habituellement clos, fermé : l’asile.

Dans son ouvrage, Nicolas Vonarx voit ainsi dans ce film une manière de pénétrer dans ce lieu pour le critiquer de l’intérieur et produire une déconstruction de l’institution médicale qui catégorise les patients en fonction de leurs pathologies, qui leur soustrait la notion de plaisir, mais surtout qui enferme soignés et soignants dans la maladie et dans leurs rôles. 

C’est peut-être ce que le cinéma nous révèle le mieux du soin ici : il n’est pas forcément lié à la maladie ni forcément circonscrit à l’institution médicale, bien au contraire. Il peut même être absent de ces lieux et états. Car le soin est un type de relation, une manière thérapeutique d’être à l’autre et à soi, qui se diffuse au-delà des salles d’opération et de cinéma. 

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......