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Image du film "12 hommes en colère " de Sydney Lumet (1957)

A quoi bon la loi ?

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Depuis Platon, la loi nous semble indépassable pour justifier nos comportement et nos esprits. Mais qu’est-ce qui la justifie, elle ?

Image du film "12 hommes en colère " de Sydney Lumet (1957)
Image du film "12 hommes en colère " de Sydney Lumet (1957) Crédits : Allociné

C’est la loi qui m’intéresse aujourd’hui. Sujet d’actualité au vu des grèves contre les grandes réformes entreprises par le gouvernement. Et sujet très classique en philosophie, dont la vigueur des enjeux intellectuels ne se dément pas. 

En témoignent ces deux livres de philosophie juridique et politique : Penser la loi, essai sur le législateur des temps modernes, de Denis Baranger, et Après la loi, de Laurent de Sutter. Deux livres qui interrogent la pertinence et l’efficacité même de la loi. De sa conception à son application, en passant par sa fabrication, à quoi bon la loi ? 

Pour ceux qui l’avaient oublié, peu importe la mobilisation nationale, Emmanuel Macron ne faiblira pas. C’est en tout cas ce qu’il avait affirmé lors d’une interview en septembre dernier sur CNN, avec ce mot beaucoup repris : « La démocratie, ce n’est pas la rue ». Non, la démocratie, ce n’est pas la rue, c’est la loi, peut-on comprendre. 

Voilà donc une conception assez claire de ce qu’est la loi : à savoir, non pas seulement une limite, formelle, à ne pas franchir, non pas seulement une règle à l’image de nos usages, mais un ensemble de prescriptions à même de créer une communauté politique. 

La nuance est ténue, mais elle est là : la loi n’est pas seulement ce qui ordonne et oriente ce qui est déjà là (la « lex » des Romains) mais elle est aussi ce qui produit dès lors un régime politique, une substance sociale et une manière de voir le monde (le « nomos » des Grecs). 

Mais assez bizarrement, une telle conception n’a pas enrichi la loi, mais l’a asséchée, et c’est ce que soutiennent, chacun à leur manière, ces deux livres : la loi est devenue rationnelle et s’est éloignée de l’esprit des lois, elle s’est dissociée du droit, de nos usages et de nos rites. Comment faire d’une loi l’émanation réfléchie de nos mœurs, et non pas d’un chef ou d’un système ? 

« A l’assemblée nationale, on fabrique la loi »… enfin, on essaie à entendre tous ces couacs. Et il ne faut pas s’en affliger… car fabriquer implique en fait des arrêts, des grincements, des quiproquos, des avancées, qu’il s’agisse d’une œuvre d’art ou d’une loi. Imaginez une loi parfaitement formulée, déjà donnée, en aurait-on besoin et ne serait-elle pas suspecte ? D’où viendrait-elle ? De quel travail, de quelle réflexion, avec quel cheminement et dans quel but ? 

Dans Penser la loi, Denis Baranger, quoiqu’en dise le titre, ne fait pas que « penser la loi », il pense l’émergence de la loi : à savoir le travail de législateur. De John Locke au code civil, en passant par Rousseau, Montesquieu et Bentham, quel rapport doit avoir la loi avec le réel ? Est-ce le réel qui impulse la loi ou la loi qui l’informe et ainsi, le transforme ? Exemple très concret : la peine de mort votée en 1981 ne reflétait pas, à l’époque, les convictions des citoyens ; aujourd’hui, elle est en accord avec celles-ci. Jusqu’où la loi peut-elle alors anticiper et modeler les esprits ? Faut-elle qu’elle les oriente ou qu’elle s’en inspire ?  

En se demandant comment concevoir la loi et comment la fabriquer, on pointe le fondement de la loi. La loi nous semble le point limite, ce qui fonde la société, structure nos comportements et rationalise nos esprits. Elle juge et sanctionne, comme on l’entend dans cet extrait du film, 12 hommes en colère. 

Autrement dit, la loi apparaît comme la justification à tout et la barrière au pire : le chaos. Mais on se demande rarement ce qui fonde la loi elle-même, et pourquoi elle nous semble ce garde-fou. C’est la démarche de Laurent de Sutter dans Après la loi.  

Qu’est-ce que la loi, avant qu’elle existe ? Mais surtout, quelle est-elle après ? Pourrait-on s’en passer ? En une série de termes juridiques puisés à toutes les sources (la prophétie de Babylone, le « li » de Confucius jusqu’au « dharma » indien), Laurent de Sutter déploie tous les possibles de l’après-loi. Pour ma part, c’est le « giri » japonais qui m’a interpelé : le « giri », c’est l’atmosphère émotionnelle des relations aux autres. Soit une autre manière de percevoir et l’organisation d’une communauté et la loi. 

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