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 "Marche pour la vie" en janvier 2015

L’affaire Vincent Lambert et ses implications philosophiques

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment, au nom de quoi, et qui, pour décider de la vie ou de la mort d’un être humain ?

 "Marche pour la vie" en janvier 2015
"Marche pour la vie" en janvier 2015 Crédits : BERTRAND GUAY - AFP

C’est une affaire qui déchire une famille entière mais aussi médecins, juges, avocats et politiques depuis la fin des années 2000 et qui a connu, encore jusqu’à ce lundi, des rebondissements : c’est l’affaire Vincent Lambert.
Cas d’abord médical et privé, ce qui concernait au départ la vie d’un homme, victime d’un grave accident de la route en 2008, tombé dans un état de conscience minimal, est devenu une affaire médiatique, politique, juridique, mais aussi éthique et philosophique. En son cœur, la question : comment, au nom de quoi, et qui, pour décider de la vie ou de la mort d’un être humain ? 

La vie et la mort

Il y a eu de nombreux rebondissements dans l'affaire Lambert, sur lesquels se sont en plus greffés de nombreux discours (avocats, experts, associations). Je vais essayer de revenir aux différentes implications philosophiques de cette affaire. 

La première est celle qui concerne la décision d’arrêter ou pas les traitements d’un patient en état de conscience minimale. Arrêter ses traitements signifie prendre la décision de laisser mourir, les prolonger signifie un maintien en vie. Mais quelle vie, quand elle est maintenue à minima, de manière morbide et obstinée ? Et quelle mort, quand elle est imposée au nom de la vie elle-même, d’une vie digne ?

La vie et la mort, valeurs contraires semblent paradoxalement s’alimenter l’une et l’autre. La vie et la mort, valeurs absolues, sont ramenées à une réalité toute relative, dépendante de points de vue particuliers, de perspectives scientifiques et individuelles. Entre l’une et l’autre, qui s’excluent et s’interpénètrent, comment choisir, à partir de quels critères décider ? 

Qui est Vincent Lambert ? 

Entre la vie et la mort, comment choisir, et comment choisir quand il s’agit d’une existence dont on ne parvient pas à définir le sens ? Ces derniers jours, s’est rejoué la même opposition quant à l’arrêt ou pas des traitements de Vincent Lambert. Mais avec une autre donnée, et c’est la deuxième implication : celle de la qualification de son état. 

Jusque-là, Vincent Lambert était considéré comme un patient dans un état de conscience minimale. Pour suspendre la décision d’arrêter ses traitements, ses parents ont identifié son état à celui du handicap, invoquant par là-même le droit à la vie de toute personne handicapée, ce que réfutent certains experts…

Le problème est que l’on réfute aussi qu’il soit malade ou en fin de vie… Ni en fin de vie, ni malade, ni handicapé, l’enjeu est bien ici de dire ce qui concerne Vincent Lambert. De qui parle-t-on ? Et à la place de qui ? Décider entre la vie et la mort n’est pas une question en l’air, mais indissociable d’un être humain. Or, de cet être humain, on dit tout ou rien. 

Comment dès lors prendre acte d’une décision pour quelqu’un dont l’existence est indécidable ? Comment parler pour lui sans parler à sa place, mais de sa place ? 

Contre la multiplication des discours 

C’était la voix du Professeur Emmanuel Alain Cabanis, président de l'Académie nationale de médecine, faisant sentir cette difficulté immense pour décider. Dans une tribune parue dans Le Monde ce 20 mai, un collectif de professeurs de médecine prônait la délibération pluridisciplinaire. Ce qui ressort ainsi, c’est cette troisième implication concernant la valeur des discours de chaque acteur.  

La question de la vie et de la mort, celle de l’identité d’un être humain, celle de sa parole, sont des questions vastes, on peut en discuter, confronter les points de vue, mais on peut aussi les recouvrir d’interprétations équivalentes, toutes également valables et défendables. Qui pourra en vouloir à une mère de défendre la vie de son fils et à une épouse de le laisser mourir dignement ? Qui pourra réfuter un médecin qui préconise l’arrêt des traitements ou des comités juridiques de les prolonger ?

S’il est évident de valoriser une éthique de la discussion, le problème est aussi là : qui écouter pour décider, quel point de vue valoriser ? Et si… on avait trop multiplié les points de vue et que l’on avait perdu de vue le sujet lui-même ?

Sons diffusés :

  • Archive France Inter, Actualités, janvier 2014
  • Archive France Culture, Journal de 7h, 21/05/2019
  • Réaction du Professeur Emmanuel Alain Cabanis, président de l'Académie nationale de médecine, 21/05/2019
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