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Comment se dire au revoir ?

Comment se dire au revoir ?

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Alors voilà, on y est, c’est la fin de la saison… et Géraldine Mosna-Savoye va essayer de vous dire au revoir !

Comment se dire au revoir ?
Comment se dire au revoir ? Crédits : pictore - Getty

Pour cette dernière chronique de la saison, je me suis beaucoup demandé ce que j’allais bien pouvoir faire : rappeler à quel point cette saison était spéciale, ou faire comme si de rien n’était, faire un bilan, avec ses ratés et ses bons moments… ou alors, sur les conseils d'Adèle, écrire un billet sur Albert Camus que j’aime beaucoup moins que tout le monde dans ce studio… mais non.

De quoi parler

J’ai aussi pensé à carrément réécrire une chronique qui ne me semblait vraiment pas bonne, j’ai imaginé être grandiloquente comme si j’arrivais à tirer une leçon originale de la crise, ou alors improviser (mais je ne sais pas faire), ou alors encore évoquer ce paradoxe d’être là de retour en studio pour 5 minutes pour repartir encore quelques semaines… 

Bref, j’ai été confrontée pour cette dernière chronique à une chose qui m’arrive régulièrement : me demander de quoi j’allais bien pouvoir parler, qu’est-ce qui m’avait interpellée, étonnée, agacée ou enchantée, avec cette difficulté, cette fois-ci, que, c’est la dernière, et que quand c’est la fin, on se sent toujours obligé de marquer le coup, de clore quelque chose, d’aucuns diront de mettre un point ou refermer la parenthèse. 

Mais voilà, que dire quand ce n’est qu’un au revoir, que tout continue, que rien n’est fini, rien achevé, et que, oui, nous allons nous revoir ? 

Se prendre un vent 

Que dire quand le bilan est impossible ? quand cette saison, quel que soit son degré d’extraordinaire, n’a pas changé (peut-être pas encore, et du moins pas explicitement) la face du monde, ce qu’a dit Platon dans la République, ce studio, ce 26 juin ? Comment se dire “au revoir” et que mettre dans cet “au revoir” qui marque le coup, annonce la pause, sans non plus en faire des tonnes comme si tout allait s’arrêter et changer  ? 

C’est une question (et voilà donc comment j’ai trouvé le sujet de cette dernière chronique), que je me pose, non pas régulièrement, pas à chaque fois que je sors d’un commerce, mais que je me suis en tout cas posé il y a quelques jours, après avoir déjeuné avec une personne qui m’est chère. Au moment de nous séparer, j’ai commencé à dire “bon ben, c’était bien de se…”, quand elle est partie en s’en tenant à un simple “au revoir”. 

J’allais dire “c’était bien de se voir, ça m’a fait plaisir”... mais le temps que je pense à ce que je disais de sincère pour agrémenter un trop simple “au revoir”, cette personne n’avait pas eu le même dilemme et voguait déjà ailleurs. On peut appeler ça “se prendre un vent”... Mais toute seule sur ce trottoir, je me suis demandé pourquoi, tout à coup, ça m’avait tant tenu à cœur d’en dire plus ?

Car, quand on y pense, les “au revoir” ne sont pas tristes, ils sont rassurants, ils ne finissent rien, bien au contraire, ils sont même des gages, la promesse de se retrouver. Alors, pourquoi avais-je voulu en faire un moment ? En profiter pour dire quelque chose de plus, de mieux, de plus sincère ? Un “au revoir” ne se suffit-il vraiment pas à lui-même ? 

Promesse et reconnaissance 

Pourquoi devrais-je alors faire de ce dernier Journal de la saison un moment spécial ? Détendu ou solennel, drôle ou sérieux ? Sur Internet, on trouve une foule de liens pour trouver la bonne formule pour dire merci, pour saluer, se présenter, faire part, etc. Ces sites sont utiles mais ils ont quelque chose d’odieux, ils sont dénués de substance humaine. 

Et c’est là où je comprends mon problème de cet “au revoir” : un “au revoir” est déjà mieux qu’une formule lisse, il contient la promesse de se revoir, mais est-il suffisant pour dire tout ce qu’on a partagé avant ? pour dire comme c’est bien d’avoir vécu ça ensemble, pour exprimer une forme de reconnaissance à l’égard du passé partagé, pour signifier à quel point c’était un bon moment ?

Un “au revoir” est certes une promesse mais il lui manque cette toute petite étincelle de reconnaissance, ce clin d’œil à un passé commun. Alors, ici, je peux le dire : “c’était vraiment bien d’être là cette année, au revoir !”

Sons diffusés :

  • Sophie Daumier et Guy Bedos, Ce n’est qu’un au revoir
  • Pena Musica XV Bodega-Bodega, Ce n’est qu’un au revoir
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