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Maria Callas interprète Violetta dans La Traviata de Verdi -La Scala de Milan (1955)

Opéra, nous voilà !

6 min
À retrouver dans l'émission

Trois essais sont parus sur l'opéra, qu'en disent les philosophes qui s'en emparent à nouveau ?

Maria Callas interprète Violetta dans La Traviata de Verdi -La Scala de Milan (1955)
Maria Callas interprète Violetta dans La Traviata de Verdi -La Scala de Milan (1955) Crédits : DeAgostini - Getty

Comme toute cette semaine était consacrée à la chanson populaire, je vous propose de continuer en musique, pas dans le même genre, mais toujours avec des paroles, et du théâtre en plus : avec de l'opéra ! L'opéra, ou comme le disait votre invité de mardi, Adèle, Vincent Delecroix : un boulevard pour les philosophes... Et c'est vrai que s'il n'y a rien eu entre Rousseau et les années 80, depuis quelques semaines, trois ouvrages sont parus sur le sujet ! 

Celui d'Olivier Lexa, dont j'avais parlé, Monteverdi et Wagner, penser l'opéra, auquel il faut désormais des textes du philosophe-compositeur-musicien Karol Beffa, rassemblés aux éditions Alma, c'est Diabolus in opéra, et le livre de Marc Goldschmit, paru aux éditions Aedam Musicae, qui nous livre L'opéra sans rédemption ou Eros musicien, traçant un lien entre Wagner et Mozart... 

Pourquoi les philosophes s'emparent-ils à nouveau de l'opéra ? Et en quoi l'opéra est-il un boulevard pour eux, pour la pensée ? Art total, c'est vrai qu'il ouvre à une multiplicité d'entrées : rebutant plus d'un auditeur, ceux qui tombent sous son charme, ne cessent de vanter ces tensions qu'il soulève entre la scène et le livret, entre l'orchestre et les interprètes, et surtout, entre la musique et les paroles... La querelle semble insoluble : comment la musique doit-elle accompagner les paroles sans être un tapis ni les couvrir ? Et comment les paroles doivent-elles prendre forme au sein d'une mélodie sans en perturber l'harmonie ni être un bruit de fond ?

Dès l'ouverture de son livre, Marc Goldschmit fait apparaître cette modification de la musique avec l'opéra : « le langage des phrases »... Les phrases ont-elles un sens dans l'opéra ? Si elles existent, si elles nous raconte bien un récit, la musique a quant à elle un langage insensée, ou du moins, qui « se libère » de nos catégories sémantiques... comment alors entendre, et non pas seulement écouter, ces phrases ? J'imagine que la question se pose à tout compositeur, musicien et interprète... 

Prenons par exemple : La flûte enchantée de Mozart, dont parle Marc Goldschmit, elle n'est pas selon lui : « de l'ordre de l'essence ou du sens » : par sa « teneur aérienne » et son « transport intensif », « ce qu'elle produit relève très peu de l'analyse musicologique superficielle »... et on serait tenté de dire que pour n'importe quel chant, n'importe quelle chanson populaire, l'effet qu'ils produisent sur nous, leur air qui nous entête, notre manière de chanter phonétiquement sans s'arrêter sur leurs significations, ont très peu à voir avec le sens...

De son côté, Karol Beffa s'arrête sur plusieurs compositeurs : Ravel, Strauss, Wagner, bien sûr, mais aussi la célèbre Traviata de Verdi, bel exemple de ces airs que l'on fredonne sans rien y comprendre... Bel exemple aussi d'un opéra truffé d'ellipses, de lacunes, où la structure est bouleversée, où le terme même de « traviata » exprime d'ailleurs cette dissolution : « dilution des normes, dissolution des repères »...

Bref, un opéra où tout est subverti et que, pourtant, tout le monde suit avec passion : c'est qu'il n'y a rien ici d'une morale, d'une logique, d'une mécanique, mais tout un art de l'effet. On voulait des causes, des raisons, des explications au langage musical, et on se retrouve ainsi, avec l'opéra, et peut-être toute chanson populaire, avec des brisures, des affects et de l'effet... 

Autre exemple convoqué par Karol Beffa, et ce sera le dernier : Le Cid de Jules Massenet. Compositeur oublié, il a pourtant voulu redonner sens non pas aux mots, mais à la présence d'un discours... Donner de la voix, redonner de la voix, voilà qui ouvre les perspectives de l'opéra...  

Extraits musicaux

-Mozart, La flûte enchantée

-Verdi, La traviata

-Jules Massenet, Le Cid

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