LE DIRECT
Noam Chomsky

Paroles de Noam Chomsky

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment la langue peut-elle exprimer nos idées politiques ? Deux essais du linguiste-philosophe-activiste y répondent.

Noam Chomsky
Noam Chomsky Crédits : Martin Bialecki / DPA - AFP

J’ai voulu m’arrêter aujourd’hui sur la langue, et sur une question en particulier : jusqu’où la langue peut-elle exprimer notre être, notre identité et nos idées politiques ? Cette question ne m’est pas venue comme ça, c’est une double actualité qui me l’a soufflé :

-d’abord, l’actualité politique, avec la prise de position de l’Académie française sur l’écriture inclusive, qu’elle juge comme un péril mortel pour la langue française, quand les féministes y voient le moyen de rendre visibles les femmes, et puis, c’est aussi l’actualité philosophique elle-même qui m’a inspiré, puisque pour se demander quel est le lien entre langue et être et pour éclairer son enjeu politique, rien de mieux que le philosophe-linguiste-activiste en chef, dont deux ouvrages sont parus à la rentrée et même un documentaire sur Netflix : c’est bien sûr Noam Chomsky !

On peut dire, pour rappeler le parcours de Noam Chomsky, qu’il y a dans son œuvre deux types d’écrits : la théorie linguistique et les écrits politiques. Dans l’extrait que l’on vient d’entendre, Chomsky a 43 ans, il débat avec Michel Foucault, et on lui doit déjà un apport fondamental à la grammaire, la grammaire générative, c’est-à-dire, il faut le préciser, une procédure pour énumérer et analyser mécaniquement tous les énoncés d’une langue.

Dit comme ça, on peut donc se demander : quel rapport entre sa linguistique et son militantisme ? Et même, plus généralement, quel rapport entre la langue et ce que l’on est, de ce que l’on pense ? Et pourtant, dans cet extrait, Noam Chomsky le dit : quand on est face à un homme qui parle, on est face à un organisme capable d’exprimer sa pensée… là est le lien. Mais comment être sûr que ce que l’on dit vient de soi, quand on est imprégné par l’air du temps et influencé par ses éléments de langage ?

Voilà donc le problème : pouvoir exprimer sa pensée ne garantit en rien que ce soit vraiment la sienne… alors, comment faire ? C’est peut-être là que la théorie linguistique de Chomsky prend tout son sens avec son engagement politique. Dans les deux ouvrages qui viennent de paraître : L’optimisme contre le désespoir, qui est un livre d’entretiens, et l’essai, Requiem pour le rêve américain, Chomsky poursuit sa dénonciation de l’impérialisme américain et la manière dont se construit une pensée unique.

Mais il veille aussi à distinguer la manière dont on est incité à parler, sans non plus y être forcé. Etre incité à parler d’une certaine manière ne nous y oblige pas… Comment prévenir la manipulation de notre langue et y mettre plus de soi ? Avec la langue justement, nous dit Chomsky, qui est créative, qui est à la fois barrière à l’impérialisme et garante de notre indépendance d’esprit, à défaut de traduire complètement ce que l’on est… Reste en tout cas, toujours à l’imaginer, à la transformer, et pour cela, vous pouvez à la fois lire Chomsky, mais aussi l’écouter et le voir…

Voyez le documentaire sur Netflix, Requiem pour le rêve américain, sorti en 2015, mais qui se lit désormais depuis septembre aux éditions Climats. Et vous pouvez lire aussi son livre d’entretiens avec C.J. Polychroniou, c’est aux éditions LUX.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......