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Manifestation du mouvement "La manif pour tous" le 16/10/2016

Du mot aux maux du « néoconservatisme »

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment se conserver et être neuf ? Réflexion sur le néoconservatisme à l’occasion de la parution « Les néoconservateurs » de Juliette Grange

Manifestation du mouvement "La manif pour tous" le 16/10/2016
Manifestation du mouvement "La manif pour tous" le 16/10/2016 Crédits : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

C’est un Journal, aujourd’hui, sur un mot qui apparaît souvent dans l’actualité (et qui n’a rien à voir avec Johnny Hallyday) : celui de « néoconservateur »… Terme polémique, qui surgit souvent en opposition à ce qui serait bien-pensant, il reste pourtant peu défini. L’occasion est donnée de le faire grâce à cet ouvrage de Juliette Grange qui vient de paraître aux éditions Pocket. 

Qui sont les néoconservateurs ? Qu’est-ce qu’être un conservateur aujourd’hui, ce qui peut toujours sembler un peu paradoxal quand on se dit que « néo » veut dire « nouveau » et « conservateur »… « conservateur », soit le contraire, a priori, de la nouveauté ? 

D’abord apparu aux Etats-Unis, souvent associé au Tea Party et identifié à quelques personnes comme Sarah Palin, le néoconservatisme est un mouvement politique qui mêle néolibéralisme et retour aux valeurs morales et religieuses. Il est pourtant nouveau dans son appellation et dans ses moyens de diffusion (clubs, think tanks et lobbys, blogs et forums, mouvements divers, des cercles catholiques, aux anti-IVG, aux royalistes...). C’est ainsi qu’il dépasse le cadre du Tea party ou la personne de Sarah Palin, et que depuis les années 2000, comme l’a observé Juliette Grange, le néoconservatisme n’est plus seulement américain, mais aussi français. Mais alors, qu’est-ce qu’un néoconservatisme « hors les murs » des Etats-Unis ? 

Ce qui se joue ici, c’est de savoir en quoi il consiste, en quoi consiste ce paradoxe d’une nouveauté qui veut conserver, préserver, protéger un état des choses tel quel… mais aussi de savoir ce qu’un conservatisme peut conserver de lui-même à travers les frontières et le temps. Au fond, la question, s’il n’y en a qu’une, est celle-ci : comment un conservatisme peut-il être nouveau, comment peut-il se régénérer, se renouveler, à travers ses adhérents, ses moyens et les pays, sans se transformer, en étant donc toujours le même ? Autrement dit, encore, comment conserver le conservatisme ? 

Deux exemples peuvent nous aider ici. 

Le 1er : Mai 68 ! C’est un des exemples régulièrement convoqués par les néoconservateurs, mais aussi la Révolution ou encore la République… C’est que le néoconservatisme, à lire cet ouvrage, est d’abord une affaire de réinterprétation, c’est une affaire de rénovation, de restauration, des événements et des noms dans leur sens caché et qu’il s’agirait donc de dévoiler dans leur véritable signification (on est proche ici du complot). 

Avec le néoconservatisme, Mai 68 n’est donc plus ce que l’on a pu croire, à savoir une révolution, ou au moins une révolte, non, ce serait en fait une démolition, une déconstruction de l’ordre et de la morale. Avec le néoconservatisme, se joue donc la déconstruction de la déconstruction, de ce qui est en tout cas considéré comme tel, de ce qui était appelé comme tel, mais à tort. 

Tout est donc bien une question de rénovation et de restauration, mais d’abord dans notre manière de parler, de nous exprimer, d’opiner. Le néoconservatisme ne change pas, il nous pousse à changer, nous, en prétendant appeler un chat un chat. 

2ème exemple du néoconservatisme : la Manif pour tous ! Mêlant aussi bien théoconservateurs, anti-IVG ou anti-Taubira, là encore, une Frigide Barjot prétendait nous ouvrir les yeux, nous rappeler ce qui était, au fond, à l’œuvre dans le Mariage pour tous. Mais n’est-ce pas là un pur artifice ? De dangereux jeux sur les mots ?  

Vouloir ouvrir les yeux, vouloir déconstruire, ramener du sens et du bon sens n’a rien de neuf (en cela, le conservatisme se conserve bien), mais former l’opinion en la transformant, là est le paradoxe et le danger : car non seulement transformer l’opinion, la tordre et la détourner, n’a plus rien dès lors d’une restauration, mais c’est oublier qu’elle se forme d’elle-même et que son bon sens ne se fabrique pas et n’est pas à faire. 

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