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Caps de migrants à Lesbos (Grèce)

Les philosophes face à la crise migratoire

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À retrouver dans l'émission

Journée spéciale sur France Culture, « Pourquoi la crise des migrants fracture-t-elle l’Europe, qu’en disent les philosophes ?

Caps de migrants à Lesbos (Grèce)
Caps de migrants à Lesbos (Grèce) Crédits : NICK PALEOLOGOS / SOOC - AFP

En cette journée spéciale sur France Culture, « Pourquoi la crise des migrants fracture-t-elle l'Europe ? », j'ai voulu savoir comment les philosophes se mobilisent sur cette question et peuvent aider à y répondre, depuis le début de cette crise migratoire en 2015. Que s'est-il donc passé du côté de la philosophie depuis deux ans et demi environ ? Qui a pris la parole et comment ? La philosophie, que l'on dit si souvent enfermée dans sa tour d'ivoire, a-t-elle été si silencieuse ? 

Dès 2015, et ce qui était alors appelé « crise des réfugiés », on peut citer des  prises de paroles : des  philosophes politiques, comme Etienne Balibar, Etienne Tassin, Jürgen Habermas, ou, outre-Atlantique, Judith Butler, et de philosophes plus touche-à-tout (avec une certaine dimension idéologique) : Slavoj Zizek, Pascal Bruckner, sans oublier, de tous les sujets, Michel Onfray. 

Mais il faut le dire, ces prises de parole ont pris surtout la forme de tribunes et d'interventions dans les médias. Qu'en est-il des livres ? Au-delà de l'articulation problématique de deux temporalités (temps long de la recherche Vs. urgence de l'actualité), qui a voulu marquer les esprits en s'engageant, à la fois dans la réflexion et dans la position, par un essai ? 

On peut, notamment, citer le petit livre de Marielle Macé, paru à la rentrée de septembre aux éditions Verdier, Sidérer, considérer. Migrants en France 2017. Partant de sa propre sidération face à un camp de migrants, coincé entre la BNF et la Cité de la mode à Paris, sidération, donc, à la fois face au côtoiement indifférent entre des mondes radicalement différents et face au peu de réactions, Marielle Macé propose une réflexion, sémantique puis éthique et politique, sur la sidération et sa transformation en considération. 

C'est au cours de son propos que Marielle Macé convoque ce documentaire de Raymond Depardon, Afriques, comment ça va avec la douleur ? Ce qu'elle y voit, c'est ce passage de la réaction à la réflexion, par la réflexivité de l'image, et c'est ainsi ce passage de la sidération à la considération : la considération, soit le fait de regarder avec attention, de faire cas, de prendre en compte chaque vie pour ce qu'elle est, sans se laisser enfermer dans la stupeur de la sidération. 

Et à cet égard, il faut noter ce recours, récurrent, au documentaire dans d'autres essais engagés. C'est ainsi le cas d'Alain Renaut, avec L'Extrème et l'injustifiable, Manifeste pour une philosophie appliquée (paru aux éditions Le Pommier, il y a tout juste deux ans), qui, pour sa part, se référait aux documentaires de Raoul Peck, comme Assistance mortelle : 

Alain Renaut voit dans le cinéma, et notamment dans le documentaire, une véritable philosophie politique pratique, appliquée : qui consiste à échapper aux impasses de la philosophie de principes, idéaliste, sans pour autant être submergé par le pathos des images. 

Comment être normatif tout en étant au plus proche de l'actualité et de la réalité ? C'est l'enjeu pour ces deux philosophes lassés du silence dogmatique face à ces crises, mais aussi de Christiane Vollaire qui a publié, fin août, Pour une philosophie de terrain aux éditions Créaphis. 

Dans celle-ci, elle insiste, elle aussi, sur cette idée de “documentaire” : une position documentaire, dit-elle, soit le fait de montrer un réel donné, mais surtout de le transmettre, de l'interpréter, de donner un réel à penser. 

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