LE DIRECT
David Bowie -Ziggy Stardust 1973

David Bowie, la mort vous va si bien

5 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est-ce que mourir, selon David Bowie

David Bowie -Ziggy Stardust 1973
David Bowie -Ziggy Stardust 1973 Crédits : COLLECTION CHRISTOPHEL © Mainman - AFP

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de David Bowie, il aurait eu 71 ans… l’occasion de parler de ce livre de Daniel Salvatore Schiffer, avec en couverture : le visage de David Bowie sous les traits de son double, Ziggy Stardust. Titre : Traité de la mort sublime, sous-titre : l'art de mourir de Socrate à David Bowie. Quoi de plus pour donner envie d’ouvrir un livre qu’une telle question : qu'est-ce que mourir, selon David Bowie ? 

Il y a presque deux ans, le 10 janvier 2016, David Bowie disparaissait. Il disparaissait, comme il l'avait expérimenté, dans sa vie, grâce à l'alcool, aux drogues et quelques crises cardiaques, grâce aussi à tous ses doubles créés puis tués au gré de ses multiples albums : Ziggy Stardust bien sûr, mais aussi Aladdin Sane, et plus évanescents : le Major Tom de Space Oddity, le Halloween Jack de Diamond Dogs, ou encore le Pierrot lunaire de Ashes to Ashes... 

A croire que David Bowie a élaboré un art de la disparition au fur et à mesure de ses apparitions, jusqu'à sa mort qu'il a signée de cet album, Blackstar... à croire, donc, que David Bowie illustre même un art de la mort, façonné au cœur même de l'existence et de la vie. 1er paradoxe s'il en est, et 1ère leçon de vie (ou de mort), par Bowie : faire de la mort le sens même de la vie. 

Certes, dire que la mort est la condition de l'homme est banal, d'une universalité consternante, et pourtant, cela n'empêche pas que la mort soit cachée, dissimulée, qu'on tente de l'oublier... rien de cela avec Bowie : la mort n'est pas seulement montrée, elle est cultivée. 

Platon, Marc Aurèle, Epicure, Montaigne, Jankélévitch, Ricoeur... quel philosophe n'a pas parlé de la mort ? Thème classique, il résiste pourtant à quelque chose chez eux, même raconté, problématisé ou analysé sous une tournure subjective et autobiographique : la mort, avec ses philosophes, ne s'incarne pas. C'est tout le contraire chez Bowie : si la mort est cultivée, c'est qu'elle est incarnée, singularisée en un corps : corps de plaisir et de douleur, d'Eros et Thanatos,  corps jeune et vieillissant, corps à la fois évanescent et jouissant... 

Et c'est le 2ème paradoxe, et la 2ème leçon de vie (ou de mort, toujours) que laisse David Bowie : la mort, avec lui, est à la fois disparition et incarnation. Dandysme ultime, elle n'est pas uniquement et paradoxalement vécue ; elle n'est pas non plus seulement cultivée ; non, telle une œuvre d'art, elle est mise en scène et sublimée, pas comme on embellit une chose laide mais révélée dans son sublime, c'est-à-dire montrée dans sa laideur, dans son scandale, dans sa pureté choquante, dans son esthétisme sombre et sobre. En témoigne cette « étoile noire » qui luit de sa noirceur... mais en témoigne aussi, ce 3ème titre de ce même dernier album : Lazarus. 

Lazare ou la figure christique par excellence de la résurrection. Mais voilà, si mourir, c'est le sens de la vie, et même d'une belle vie, tout le monde n'est pas David Bowie (ni Lazare, ni David Bowie se prenant pour Lazare...)... alors qu'est-ce que mourir quand on ne peut pas transformer celle-ci en musique, en œuvre d'art, en art de la disparition, en mise en scène, en chose sublime ? Comment mourir, comment bien mourir, comment y faire face, comment ne plus avoir peur, comment  regarder la mort dans les yeux ? Et est-ce vraiment mourir que de laisser une trace, immortelle, et tenter la résurrection ? C'est le 3ème paradoxe et la dernière leçon insoluble laissée par Bowie...

Chansons

Blackstar

Lazarus

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......