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Lou Andréas-Salomé, Paul Rée et Friedrich Nietzsche en 1882

(Tout) Contre l'amour

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À retrouver dans l'émission

La correspondance entre la Trinité, Paul Rée, Friedrich Nietzsche et Lou Andreas-Salomé, paraît à nouveau aux éditions des Belles Lettres.

Lou Andréas-Salomé, Paul Rée et Friedrich Nietzsche en 1882
Lou Andréas-Salomé, Paul Rée et Friedrich Nietzsche en 1882

En cette rentrée, la tendance des essais porte sur le thème de la haine : on peut ainsi citer Contre la haine de Carolin Emcke ou l'essai d'Hélène L'Heuillet, dont il a été ici question, Tu haïras ton prochain. Mais, parce que paraît, aux éditions des Belles Lettres, la merveilleuse correspondance entre Lou Andreas-Salomé, Paul Rée et Friedrich Nietzsche, j'ai choisi, pour ma part, de vous parler d'amour. Et de poser cette seule question : l'amour serait-il le seul sens, l'essence, l'inactualité de la bien nommée « philo-sophie » ? Et quel amour ?

Quand Lou Andreas-Salomé rencontre Paul Rée, elle a seulement 21 ans. On est en mars 1882. Paul Rée échange déjà avec Nietzsche depuis 1875, et très vite, se rencontrent son ami philosophe et sa jeune russe qu'il appelle « son petit escargot », et même « son petit escargot adoré ».

De cette rencontre naîtra un trio mythique, la Trinité, aussi vite unie qu'éparpillée. De leurs lettres, notes, journaux et brouillons qu'on lit ici, il reste pourtant des questions qui se posent encore : quelle place accorder à l'amour, aux sentiments, à l'expérience, dans la pensée ? Quelles relations établir entre l'esprit et le corps et le cœur ? Jusqu'où la passion peut-elle paradoxalement guider la raison ? Autrement dit : la philosophie se constitue-t-elle forcément en relation, en relation avec l'amour, cet autre qu'elle-même et avec un autre qu'elle-même ?

Penser avec l'autre, avec l'amour, c'est bien ce que demande Nietzsche à Lou Andréas-Salomé. De quoi aller dans le sens d'une pure philosophie, d'un littéral amour de la sagesse, d'une pensée ouverte, d'une vie philosophique fondée sur la relation à l'autre.

Mais pourquoi Lou l'a-t-elle alors refusé ? Pourquoi leur trio s'est-il éparpillé, si vite, si violemment ? Dans une lettre incroyable, la sœur de Nietzsche décrit justement Lou comme une furie : Lou, c'est, selon elle, le contraire de la sagesse et l'incarnation de la philosophie de son frère : égoïste, violente, immorale.

Et cette correspondance révèle plutôt que la philosophie n'a rien de l'amour sage qui unit, ouvre et apaise, mais tout de l’amour cruel…

En 1913, Lou Andréas-Salomé fera du voyeurisme une forme de cruauté : lire cette correspondance en est une. C'est déchirant, car ça ne parle finalement pas de l'amour qui nourrit la pensée, et inversement, ça parle de l'impossibilité de l'amour, de l'autre, de l'union, la sagesse. Mais, au contraire, de la possibilité de la philosophie : celle qui refuse l'amour aliénant tout comme l'empire de la haine.

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