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Tweet de la journaliste Sandra Muller - Couverture de l'enquête de Ronan Farrow pour le New Yorker - Couverture des Inrock

#Balancetonporc, Weinstein et Cantat : comment entendre cette libération de la parole ?

4 min
À retrouver dans l'émission

La parution du texte fondateur de Fritz Heider, Chose et médium, éclaire le message, le sens et la multiplication de ces paroles de femmes sur les violences vécues.

Tweet de la journaliste Sandra Muller - Couverture de l'enquête de Ronan Farrow pour le New Yorker - Couverture des Inrock
Tweet de la journaliste Sandra Muller - Couverture de l'enquête de Ronan Farrow pour le New Yorker - Couverture des Inrock Crédits : SL - Radio France

C’est ce livre Chose et médium de Fritz Heider qui a aujourd’hui retenu toute mon attention. Présenté comme l’un des textes fondateurs de la philosophie des médias et des techniques, écrit en 1926 par le psychologue américain d’origine autrichienne, Fritz Heider, j’avais prévu d’en parler parce qu’il soulève ce problème passionnant en philosophie de l’accès aux choses.

Comment avons-nous accès aux choses, aux étoiles par exemple, ou mieux, à une âme ? Comment se fait le choix du médium pour les atteindre ? Et comment sait-on que tel médium est le plus approprié pour donner accès aux choses sans les troubler, sans les parasiter ?

Problème donc passionnant… Mais si je parle aujourd’hui de cet ouvrage, c’est parce qu’il résonne avec l’actualité effroyable de ces derniers jours : la violence faite aux femmes, violence vécue, mais tue, et à laquelle rien, aucun médium, n’avait jusque-là donné accès, dans toute son ampleur, dans toute sa fureur mais aussi sa banalité, et dans tout le dégoût qu’elle doit susciter.

Je parle bien sûr du hashtag « Balance ton porc » sur les réseaux sociaux, de l’affaire Harvey Weinstein, ce producteur-prédateur hollywoodien, ou encore, du choix fait par les Inrocks de mettre Bertrand Cantat en Une quand on ne rend jamais visibles les femmes violentées.

Soit un faisceau d’événements qui ont, enfin, comme on l’a entendu, « libéré la parole »…, ce qui était aussi l’enjeu de ce fait qui a eu lieu quelques jours auparavant : le clash entre Sandrine Rousseau et Christine Angot.

On a beaucoup parlé de ce clash entre Sandrine Rousseau, ex-cadre du parti Europe-Ecologie-Les Verts, et l’écrivain Christine Angot, diffusé dans l’émission On n’est pas couché le samedi 30 septembre, autour de cette expression « accueillir la parole ».

Et on peut aujourd’hui faire un lien entre le fait de « libérer la parole », ce qui se produit ces derniers jours, et le projet soutenu par Sandrine Rousseau d’« accueillir la parole » : le lien, c’est bien l’enjeu de rendre audible, lisible, accessible, par la parole, par des mots et des voix, un état de fait qui était jusque-là resté invisible et impuni. Le lien, c’est donc bien ce médium qu’est la parole.

Mais comment envisager cette parole comme médium, c’est-à-dire comme ce qui donne accès aux choses elles-mêmes, à ces violences ? C’était ainsi le sens du clash entre Sandrine Rousseau et Christine Angot, mais aussi de cet essai de Fritz Heider : comment faire pour que le médium ne soit pas qu’un discours creux qui masque les faits, mais une parole qui soit entendue, dévoile les choses et pousse à agir ?

Asia Argento, Léa Seydoux, Rosanna Arquette, Emma de Caunes, pour ne citer qu’elles, mais aussi l’actrice française Florence Darel que l’on vient d’entendre… toutes ont témoigné des agressions du producteur Harvey Weinstein.

Alors, comment faire pour que ces paroles continuent à révéler, à faire remonter à la surface, et ne soient pas qu’un flot de paroles dont certains se suffiront ? La grande thèse de Fritz Heider, dans Chose et médium, est radicale : pour cela, les médias se doivent d’être insignifiants, sinon ils parasitent le message, sinon on ne retient que leurs transmissions et non les choses qu’ils transmettent, qui restent alors à jamais inaccessibles et en l’état.

Mais est-ce vraiment le cas ici ? Sûrement pas… car ces paroles ne sont pas insignifiantes, elles ne sont pas qu’un médium, elles sont bien des paroles, un message en elles-mêmes. Et contre le bruissement des médias qui s’enlisent, on peut, au contraire, soutenir que la multiplication et le sens de ces paroles est ici, dans ce cas, à la mesure de ce qu’elles révèlent et dénoncent.

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