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Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos (1741-1803)

Homme et féministe

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En 1673, 1783 et 1869, trois hommes ont pris la plume pour défendre l’égalité hommes / femmes. Qui sont-ils ?

Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos (1741-1803)
Pierre-Ambroise-François Choderlos de Laclos (1741-1803) Crédits : Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783)/ Fine Art Images/Heritage Images - Getty

Pierre Choderlos de Laclos n’a pas écrit que Les liaisons dangereuses, mais aussi, ce discours : De l’éducation des femmes. Publié en 1783, on s’y rend compte que l’égalité hommes / femmes n’est pas un combat tout neuf, mais qu’il a aussi été incarné par des hommes, peu, c’est vrai, mais au moins par quelques-uns. 

Comment Choderlos de Laclos a-t-il pris parti ? Qui sont ces quelques autres hommes féministes ? Et que dire quand on est un homme sans pour autant imposer son point de vue ? 

On ne peut parler de Choderlos de Laclos sans évoquer quand même, Les liaisons dangereuses. Publié en 1782, un an avant son discours sur l’éducation des femmes, on y trouve une typologie de profils féminins : la jeune fille en fleurs, Cécile de Volanges, sa mère intéressée mais naïve, et bien sûr, la libertine hypocrite, la Marquise de Merteuil. 

« Partout où il y a esclavage, il ne peut y avoir éducation »

Qui dit typologie, dit stéréotype, dit caricatures. D’ailleurs, dans la fiche Wikipédia du roman, les Volanges sont désignées sous le titre de « victimes » et la Marquise de Merteuil sous celui de « meneuse du jeu ». C’est dire les raccourcis et, évidemment, oublier le renversement final, sorte de moralité de l’histoire, où Merteuil est bannie de la société. Qu’attendre alors de Choderlos de Laclos qui fait disparaître la seule de ses héroïnes à même de s’inventer ? Comment a-t-il pu se prononcer, en féministe, sur l’éducation des femmes quand il fait payer, très cher, à sa Marquise de Merteuil, d’en avoir une et de suivre son désir ?  

Dans son discours, réponse à une question proposée par l’Académie de Châlons-sur-Marne, « Quels seraient les meilleurs moyens de perfectionner l’éducation des femmes ? », Choderlos de Laclos le dit : « il n’est aucun moyen de perfectionner l’éducation des femmes »… Provocation, bien sûr, car il ajoute : « partout où il y a esclavage, il ne peut y avoir éducation ». 

Voilà donc son paradoxe : parler d’éducation des femmes n’a aucun sens dans une société où celle-ci consiste à être esclaves. Et paradoxe de la Marquise de Merteuil : loin de s’être faite elle-même, elle se serait faite aux mœurs de son époque, et conformée aux désirs des autres, entendez des hommes. 

Egalité et désir

Mais il y a, au fond, un autre paradoxe, que souligne Geneviève Fraisse, dans sa préface au discours : suivre son désir, comme semble le faire la Marquise, c’est aussi mettre à l’épreuve l’égalité, la ruiner par les jeux inégaux de l’érotisme ou l’exacerber en identifiant les sexes. Comment penser désir et sexualité en même temps qu’égalité et droit ? 

Pour penser cette question, hautement actuelle, de l’articulation entre égalité et désir, on peut remonter à deux autres textes : 

-D’abord, celui de François Poullain de la Barre : De l’Égalité des deux sexes, discours physique et moral où l’on voit l’importance de se défaire des préjugés, paru en 1673. Il y défend une radicale égalité entre hommes et femmes, et en bon cartésien qui sépare le corps et l’esprit, la différence de force physique n’y entraîne aucune différence spirituelle et légale. D’où la possibilité d’un désir qui joue sur la séduction sans impliquer une inégalité entre les sexes ; 

-Autre texte : paru en 1869,  c’est l’essai de John Stuart Mill, De l'assujettissement des femmes, qui prône le droit de vote des femmes. Luttant contre les préjugés instinctifs, il plaide pour une raison asexuée, et laisse de côté, en libéral, la sphère privée à la guise de chacun. 

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