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Le mont Cervin

Le climat en milieu philosophique

5 min
À retrouver dans l'émission

De Bruno Latour à Arne Naess, comment les philosophes se mobilisent et répondent à la question climatique ?

Le mont Cervin
Le mont Cervin Crédits : Dirk Beyer

Aujourd’hui, c’est la question climatique qui m’intéresse. Il faut le dire, cette question n’intéresse pas que moi : en témoignent la mobilisation des philosophes sur le sujet et le nombre de parutions à ce sujet depuis un certain temps… et depuis cette rentrée de septembre où pas moins d’une dizaine d’essais sont sortis sur cette question. 

Parmi ces parutions, on peut en distinguer trois types : d’abord, l’édition ou la réédition de classiques du genre (je pense notamment à Thoreau, dont les œuvres sont republiées régulièrement) ; ensuite, les monographies ou essais entièrement consacrés à une figure de l’écologie, c’est par exemple le cas d’Arne Naess et d’André Gorz en cette rentrée ; et enfin, les essais originaux qui tentent de lier problématiques classiques de philosophie, débat contemporain et urgence politique. Comme c’est le cas, là, de Bruno Latour et du philosophe George Marshall qui pointent, dans deux essais tout juste parus, le déni de tous face au changement climatique, et ce, malgré cette mobilisation intellectuelle. 

En termes de déni, on peut notamment parler du déni politique du Président américain qui, début juin, a annoncé le retrait des Etats-Unis des Accords de Paris. Et c’est bien l’enjeu de ces deux essais : celui de Bruno Latour et celui de George Marshall. 

Ce dernier, George Marshall, philosophe américain, engagé dans les mouvements écologistes, propose, dans Le syndrome de l’autruche, sous-titre : pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique, de trouver les explications de ce syndrome : pourquoi y a-t-il une telle ignorance du réchauffement climatique alors même que nous en avons connaissance et que nous pouvons même l’observer ? Est-ce un problème de temps (les conséquences nous paraissent encore lointaines), est-ce un problème de communication, ou pire, un problème cognitif, de cerveau ? 

Pour Bruno Latour, déjà connu pour ses écrits sur la question climatique, le problème, c’est d’abord celui d’une politique qui plane : dans son essai, Où atterrir, il nous fait ainsi apparaître, à partir du cas Trump, le lien entre trois phénomènes trop souvent distingués : la dérégulation, l’explosion des inégalités, et donc, le déni du réchauffement. Et ce lien, selon lui c’est le sol : le sol rêvé de la mondialisation qui est en train de changer de nature, plus assez de place, plus d’espace pour chacun, plus d’appropriation, là est le problème… 

Ce problème, André Gorz l’avait justement déjà soulevé. Le philosophe fait ainsi lui aussi partie de cette actualité éditoriale sur la question climatique, et c’est là le point intéressant de ces parutions sur ces penseurs précurseurs : dans Le moment Gorz, ouvrage collectif qui dessine à la fois son portrait et son scénario de sortie de crise, on s’aperçoit que ce problème d’espace et d’appropriation était en effet déjà posé, dès les années 60, et en lien avec nos mêmes problématiques de productivité et de travail, de capitalisme. 

Et surtout, on s’aperçoit que ce problème, que cette question climatique, et l’écologie, étaient en fait déjà envisagées comme une réponse politique. Et on peut aussi dire qu’elles étaient déjà envisagées comme une réponse individuelle : c’est ainsi le cas d’Arne Naess, dont l’écologie profonde, retracée par Mathilde Ramadier dans son essai sur le philosophe, était comme une invitation à « inventer sa propre écosophie », c’est-à-dire à trouver son propre lien avec la nature, tel Arne Naess avec la montagne… 

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