LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Alexis de Tocqueville

Tocqueville et le théâtre de la démocratie

4 min
À retrouver dans l'émission

Romeo Castellucci met en scène le chef d’œuvre philosophique, De la démocratie en Amérique, mais Tocqueville, que pensait-il pour sa part du théâtre ?

Alexis de Tocqueville
Alexis de Tocqueville Crédits : Théodore Chassériau

Alexis de Tocqueville est l’actualité du jour, plus précisément son incontournable Démocratie en Amérique que l’on peut voir, depuis la semaine dernière et jusqu’à dimanche au théâtre, à la MC93 à Bobigny, dans une mise en scène de Romeo Castellucci, avec ce titre, sobre et littéral, Democracy in America.

Ce qui est ici intéressant, c’est bien sûr ce passage de la philosophie au théâtre : comment de grands concepts mais aussi des détails fameux, que seul Tocqueville a eu le chic de remarquer, sont dialogués, discutés et disputés, réactualisés en fait sur la scène.

Mais ce qui est intéressant, c’est aussi la lecture singulière de ce chef-d’œuvre par un metteur en scène : qu’est-ce qui l’a intéressé lui dans ce texte ? Comment l’a-t-il lu, interprété, mis en scène ?

Le fondement de la démocratie et son rapport au religieux, aux dieux, au théologique, voilà ce qui a marqué pour sa part Romeo Castellucci. Et c’est bien une première manière de voir ce qui se joue dans cette adaptation de Tocqueville sur les planches : c’est d’observer comment son analyse philosophique des fondements de la démocratie prend une couleur singulière, dialoguée, vivante mais aussi mise en question sur la scène du théâtre. Et sur cette idée du théâtre qui reprend la forme du débat d’idées, je vous renvoie d’ailleurs à l’éclairant Billet Culturel de Mathilde Serrell du 14 septembre dernier.

Mais une autre manière de voir ce qui se joue ici, avec Democracy in America, c’est aussi d’analyser le passage inverse, celui du théâtre à la philosophie, de revenir au texte lui-même de Tocqueville et de se demander : et lui, comment voyait-il le théâtre ? Comment le lisait-il ? Qu’a-t-il pu observer et induire à partir du théâtre, de sa philosophie de la démocratie, des mœurs de notre vieille Europe aristocratique et de la jeune démocratie américaine ?

Ce que l’on peut espérer ou craindre de la démocratie, c’est ce que Tocqueville avait en tête lorsqu’il est parti en Amérique : et cette phrase, c’est fou, on pourrait l’appliquer à ce qu’il dit du théâtre. Oui, c’est fou, non seulement : rien n’a échappé de la démocratie à Tocqueville, ni ses lois, ses mœurs, ses habitudes, ses goûts, ni ses dérives...

Mais, ce qu’il en dit se retrouve donc, mot pour mot, dans ce qu’il dit de son théâtre : dans le second volume de la Démocratie en Amérique (1ère partie, Chapitre 19), il déclare ainsi que la révolution démocratique d’un peuple se produit d’abord par le théâtre, et que si l’on veut « juger d’avance la littérature d’un peuple qui tourne à la démocratie, [il faut] étudier son théâtre », comme si la démocratie était visible, dans son état premier, sur les planches.

Et c’est vrai : par son public mélangé, sans distinction de classes, par sa peinture de la nature humaine, vices et vertus confondus, et par sa liberté de traiter les sujets, le théâtre rappelle bien l’essence de la démocratie. Et là est le point intéressant : quand Romeo Castellucci s’inspire de la Démocratie en Amérique et réactualise un théâtre d’idées, Tocqueville, lui, avait déjà fait du théâtre le révélateur de ce à quoi devait ressembler la scène en ébullition du monde démocratique.

L'équipe
Production
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......