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Don Giovanni (Mozart), mise en scène de Jean-François Sivadier et Jérémie Rhorer, aux festival des Arts Lyriques d'Aix-en-Provence

Philosophie de l’opéra

5 min
À retrouver dans l'émission

Avec son essai, Monteverdi et Wagner, penser l’opéra, Olivier Lexa dessine une philosophie de l’opéra.

Don Giovanni (Mozart), mise en scène de Jean-François Sivadier et Jérémie Rhorer, aux festival des Arts Lyriques d'Aix-en-Provence
Don Giovanni (Mozart), mise en scène de Jean-François Sivadier et Jérémie Rhorer, aux festival des Arts Lyriques d'Aix-en-Provence Crédits : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

C’est bientôt les vacances, on va prendre le temps et écouter de l’opéra… et surtout, se demander ce qu’en disent les philosophes… Car, comme le souligne Olivier Lexa, dans son essai tout juste paru aux éditions des Archives Karéline, ce qui manque, c’est une pensée de l’opéra, une pensée actuelle de l’opéra. 

Incompatible avec la langue française selon Rousseau, lié aux fascismes du XXème siècle, considéré comme un genre désuet, conventionnel, artificiel, ridicule, et bourgeois par les intellectuels du siècle dernier – notamment Adorno, ou Brecht qui le définissait, je cite, comme « un art culinaire et vespéral qui ne peut être rénové » - l’opéra a pourtant retrouvé une jeunesse au début des années 80 avec Pierre Boulez et sa production du Ring, et c’est ainsi que Barthes, Deleuze ou Foucault en ont fait un objet d’étude. 

Mais après et avant, que s’est-il passé ? Quelle philosophie de l’opéra tracer à travers les siècles ? 

C’est à Kierkegaard que l’on doit de très belles pages consacrées à l’opéra de Mozart, Don Giovanni… En 1843, dans Les stades immédiats de l’éros ou l’Eros et la musique, il déclare ainsi son amour à cette pièce qui lui semble surpasser toute œuvre musicale. Ce qu’il dit de cette œuvre semble toutefois paradoxal, comme le remarque Olivier Lexa : à aucun moment, il n’évoque le livret de la pièce, l’aspect visuel du spectacle (ou seulement pour dire qu’il entrave la musique), et surtout, il n’emploie le terme d’« opéra » qu’au bout de 50 pages. 

Autrement dit, il ne parle pas d’opéra. Mais de quoi parle-t-il ? Eh bien, uniquement de son expérience de la musique,  il dit ainsi avoir voulu « s’y cacher complètement ». Mais jamais, il n’est jamais question du lyrisme ou de la scène. Et c’est bien le problème de l’approche de Kierkegaard (quoique parler de musique à l’égard d’un opéra ne soit pas non plus totalement hors-sujet…).

Mais c’est aussi le problème que pose l’opéra : par quel angle le prendre ? Sur quelle dimension s’appuyer : la théâtralité, la voix, le livret ou la musique ?, sachant que chacune de ces dimensions est déjà problématique par elle-même… Ou faut-il partir du récit lui-même, avec son aspect universel ? Ou encore, de l’interprétation unique et singulière qui est proposée chaque soir d’une pièce ? 

Pour faire une philosophie de l’opéra : le cas Wagner est incontournable, et grâce à Nietzsche… Il reste le plus grand penseur de l’opéra. Et loin d’être une contrainte, c’est justement parce que l’opéra est un art total que l’on peut en faire une philosophie. 

Mais alors laquelle ? Celle d’une intensification de la vie : parce que non seulement tous les arts y sont réunis, ordonnés et disposés en détails, et parce que, lorsqu’on écoute du Wagner, il y a quelque chose de la noyade, il y a, je cite un extrait du Cas Wagner, qu’il « faut s’imaginer que l’on entre dans la mer, perd pied peu à peu, et pour finir, s’en remet à la merci des éléments ; il ne reste plus alors qu’à nager ». 

Et pour comprendre cette philosophie proposée par Nietzsche avec Wagner, Olivier Lexa, dans cet essai, propose en plus de le rapprocher à Monteverdi, de mettre face à face Tristan et Isolde et Orfeo de Monteverdi, donc… 

Sources mythologiques, référence à la pastorale, thèmes de la rédemption par l’amour et l’interdit : Wagner et Monteverdi, avec Tristan et Orfeo, se répondent et se rejoignent. Si la philosophie de l’opéra est celle d’une intensification de la vie, telle une noyade dont on survit, ce rapprochement de Tristan et Orfeo révèle la modification précise que produit l’opéra sur notre perception. 

Par l’attention aux timbres et aux couleurs de l’orchestre, l’éclatement de la tonalité, l’effet de suspension, on accède, comme le dit Olivier Lexa, à un autre présent, une réalité cachée. Par la distorsion des éléments, la transformation des rêves en réalité, ou l’éveil des pulsions enfouies en nous, la vie s’intensifie, donc, elle œuvre, elle opère. 

EXTRAITS MUSICAUX : 

-Mozart, Don Giovanni, Finale

-Wagner, Tristan et Isolde, Acte II, Scène 1

-Monteverdi, Orfeo, Acte IV

Bibliographie

Monteverdi et Wagner: Penser l'opéra

Monteverdi et Wagner : penser l'opéraOlivier LexaArchives Karéline éditions, 2017

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