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Arthur Schopenhauer (1788-1860)

Quand les philosophes s’écrivent

5 min
À retrouver dans l'émission

Simone de Beauvoir, Albert Camus, Bertrand Russell, Ludwig Wittgenstein et Arthur Schopenhauer… que lit-on quand on se plonge dans les correspondances de philosophes ?

Arthur Schopenhauer (1788-1860)
Arthur Schopenhauer (1788-1860) Crédits : The LIFE Picture Collection - Getty

Peut-être avez-vous appris cette nouvelle : la vente par Claude Lanzmann d’une centaine de lettres que Simone de Beauvoir lui avait écrites. 112 lettres, précisément, une « exceptionnelle correspondance d'amour unique au monde », selon les mots de Claude Lanzmann, vendue à l’Université de Yale, qui détient déjà des fonds manuscrits de la philosophe. 

Ces lettres témoignent de l’amour fou qui les a unis, durant les années 50, mais aussi d’une autre voix philosophique, et justement, il faudrait s’interroger sur ces lettres de philosophes. Régulièrement évoquées, étudiées ou publiées (une correspondance Nietzsche/Wagner vient d’être publiée aux éditions Kimé, on attend pour février aux éditions du Bord de l’eau celle d’Adorno, et est parue il y a peu aussi celle de Joseph de Maistre aux Belles Lettres)… Qu’attend-on de tels morceaux de vie, amoureux ou pas et pas forcément intellectuels, de philosophes ? Pourquoi lisons-nous ces traces de vies philosophiques ? 

D’un côté, la vie privée jugée injustement comme un abri, et de l’autre, ces puissants, ces ratés, qui se seraient réfugiés dans la vie publique… Le 12 mai 1959, Albert Camus livrait ces quelques réflexions, puissantes, sur l’intimité… et peut-être aussi une des clés de ce que l’on attend de ces lettres écrites par des philosophes…

Ce que l’on en attend, ce sont peut-être des traces d’une vie privée, cette vie qui échappe à l’exposition de l’homme public et de l’œuvre… C’est une sorte de rideau levé sur les coulisses d’une pensée, sur son envers, à savoir : un homme, en chair et en os, sur sa manière de vivre qui, peut-être, ne s’accorde pas avec sa manière de penser… Bref, un rideau levé sur l’homme derrière l’œuvre et les liens entre les deux. 

En novembre dernier, est sortie la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès. Très belle correspondance, elle ne faisait pas que révéler, pourtant, un envers du penseur de la révolte et de l’absurde, comme s’il y avait d’un côté, un penseur, et de l’autre, un homme, et que parfois, l’un et l’autre pouvaient s’entremêler… Non, il y avait quelque chose de plus : une existence philosophique… car si la pensée a ses manières, les manières ont elles aussi leur esprit, leur propre intelligence… 

Après Camus et sa correspondance, Bertrand Russell et ses échanges avec Ludwig Wittgenstein. L’un et l’autre ont d’ailleurs vu leurs lettres, chacun de leur côté, publiées. Dans ce cas-là, à côté de Simone de Beauvoir et d’Albert Camus, et de leurs passions amoureuses, que lit-on quand on se plonge dans les correspondances de Russell et Wittgenstein ? Pour le dire plus frontalement : que cherche-t-on à lire quand il ne s’agit pas plus d’amour, du plaisir à lire des lettres d’amour et de la curiosité à découvrir la vie privée d’un philosophe ? 

En fait, il y a mieux que de dissocier puis d’entremêler vie et œuvre (éternels débat et dualité, aussi persistants que le corps et l’esprit), il y a donc aussi l’idée d’entre-apercevoir ce qu’est une existence philosophique. Mais comment se fait-elle à travers l’échange, le langage, la correspondance ? Peut-on parler d’une vie de l’esprit, faite de hauts et de bas, de relations, de contextes, d’usages, et notamment quand Wittgenstein règle ses comptes avec Russell ou s’enthousiasme pour du cacao Van Houten ? 

En décembre, sont sorties les Lettres de Schopenhauer, et là, ressort, mieux que l’envers d’une pensée, mieux que l’homme derrière l’œuvre, mieux encore qu’une vie philosophique, un caractère philosophique… Qu’est-ce qu’une manière de penser ? De quelle matière est faite la pensée ? C’est ce que ces textes dévoilent ici, ou peu importe l’interlocuteur, ils semblent révéler le dialogue intérieur à tout homme. 

ARCHIVES 

Camus parle du bonheur (12 mai 1959)

Bertrand Russell parle de Wittgenstein (1960)

Bibliographie

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Lettres, volume IArthur SchopenhauerGallimard/Folio-essais, 2017

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Lettres, volume IIArthur SchopenhauerGallimard/Folio-essais, 2017

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