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Henri-Georges Clouzot sur le tournage de "La vérité"

Henri-Georges Clouzot et la question de la croyance

5 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion de la Semaine de la Pop Philosophie à Marseille consacrée à la croyance, retour sur le cinéma de Clouzot et son démontage de la vérité.

Henri-Georges Clouzot sur le tournage de "La vérité"
Henri-Georges Clouzot sur le tournage de "La vérité" Crédits : DANIEL FALLOT / INA - AFP

Cette semaine a lieu la semaine de la Pop philosophie à Marseille : elle a commencé lundi et elle se finira ce samedi et elle part, cette année, pour sa 9ème saison, du thème de la croyance : de la croyance dans les religions monothéistes au scepticisme, sans oublier la croyance, quasi religieuse, dans la démocratie.

Sous la forme de conférences, d’échanges et de spectacles, et en présence des philosophes, de scientifiques, musiciens ou vidéastes, comme Henri Atlan, Philippe Corcuff ou Pacôme Thiellement, cette semaine de la Pop philosophie s’inspire bien de ce que Gilles Deleuze entendait par Pop Philosophie, à savoir une connexion entre pop culture et philosophie, et elle a donc pour enjeu de déceler dans nos objets pop, ce qui se joue de la croyance, de la vérité et du mystère…

Et pour évoquer moi aussi ce thème de la croyance dans sa dimension pop, j’ai décidé de vous parler de ce très beau livre, collectif, sur le cinéaste Henri-Georges Clouzot, Le mystère Clouzot, sous la direction de Noël Herpe.

Disparu il y a 40 ans tout juste, Henri-Georges Clouzot n’a cessé, à travers ses films, de travailler l’envers de la croyance, ou du moins, ce que l’on pense, être son envers : la vérité et ce qui nous la cache, le mystère qui l’enveloppe et nous empêche de l’atteindre.

Quand Clouzot propose ainsi, en 1956, Le mystère Picasso, ce qu’il veut révéler aux spectateurs, c’est bien, comme on l’a entendu, les mystères de la création. Pourquoi continuer à croire au génie quand on peut en connaître les mécanismes ? Pourquoi vouloir, d’ailleurs, à tout prix, croire, quand on peut démontrer la vérité, ou même la crier ?

Dans son film, La vérité, justement, Clouzot rejoue pour nous le drame d’un procès, celui d’une femme magnifique (interprétée par Brigitte Bardot) accusée d’avoir assassiné son amant. Quelle est alors la vérité de cette femme ? Quelle est la vérité qu’elle défend et quelle est aussi sa vérité derrière sa beauté, son vrai visage ? Ce sont les questions en jeu dans ce film…

Mais là est l’art de Clouzot : nous mettre face à nos propres stratégies de croyance et les dénouer. En rejouant un procès, qui est déjà une forme de mise en scène, qui est déjà le lieu où se justifient nos croyances plus que le dévoilement d’une vérité absolue, Clouzot rajoute de la mise en scène à la mise en scène, de la croyance en la fiction à la croyance en nos jugements et les apoarences… Il crée, autrement dit, le maximum de tromperie pour nous faire atteindre, non pas la vérité tout court, toute nue, mais la vérité de nos croyances et de notre besoin de croire.

Les diaboliques ou un dernier exemple pour confirmer cette volonté de Clouzot et toute la dimension philosophique de son cinéma : dans Les diaboliques, Christina est persuadée d’avoir tué son mari, et les spectateurs aussi… mais c’est sans soupçonner la puissance de la croyance justement, et d’abord en la vérité.

Je ne vous dévoile pas la fin de ce film, mais on peut dire que du dévoilement du mystère à la démonstration de notre besoin de croire, de ses personnages persuadés de détenir la vérité à ses acteurs et spectateurs menés par le bout du nez, le cinéma de Clouzot se fait le détecteur de nos croyances…

EXTRAITS :

  • LE MYSTERE PICASSO (1956)
  • LA VERITE (1960)
  • LES DIABOLIQUES (1955)

Semaine de la Pop Philosophie

Bibliographie

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Le mystère ClouzotNoël HerpeLienart éditions, 2017

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