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La marche anti-Trump des femmes à Paris le 21/01/2017

#violencessexistes : la révolution a-t-elle lieu ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Journée spéciale « #violencessexistes : et maintenant ? » sur France Culture

La marche anti-Trump des femmes à Paris le 21/01/2017
La marche anti-Trump des femmes à Paris le 21/01/2017 Crédits : SIMON GUILLEMIN / HANS LUCAS - AFP

A l’occasion de cette journée spéciale sur France Culture intitulée « Violences sexistes, et maintenant ? », l’idée est aujourd’hui de revenir sur la dimension philosophique de ce qui est en train de se passer maintenant. Je dis bien « ce qui est en train de se passer », de manière assez floue, car, justement, la difficulté est bien de déterminer ce qui se joue ici…

Une 1ère manière de déterminer ce qui est en train de se passer, c’est sûrement de voir comment ont réagi les philosophes à cette actualité. Certains ont pointé, sur des blogs notamment, les violences sexistes au sein même de leurs institutions. D’autres, comme la philosophe Geneviève Fraisse, dans Le Monde ou La Croix, ou la docteure Manon Garcia qui a soutenu sa thèse en juillet dernier sur le consentement, ont soulevé la dimension globale du phénomène qui ne relève plus seulement ou tout à la fois, du droit et du pouvoir, du corps et du genre, ou encore des mœurs et de leur violence. De quoi reposer cette question : qu’est-il alors en train de se passer?

Ce qui est frappant, quand on entend cet extrait du Péril jeune, film de Cédric Klapisch, qui suit une bande de jeunes en 1975, c’est toute la dimension historique, systématique, spectaculaire, qui est tout de suite soulevée dès qu’il est question de la domination masculine. C’est une 2ème manière de saisir ce qui est en train de se passer, et d’expliquer la difficulté aussi à le saisir : ce qui est en jeu, ce n’est pas qu’une question, qu’un pan de nos vies, c’est tout un système. Or, comment saisir le bouleversement de tout un système ?

Pourquoi pas avec l’idée de révolution, qui porte ce sens même de bouleversement ? Dans un texte intitulé « Le sens de la révolution », Arendt met justement l’accent sur ce que l’on entend, nous modernes, par révolution : la liberté, ou plus précisément, la libération, souvent violente, qui va marquer la naissance d’un nouvel ordre.

Mais aujourd’hui, ce nouvel ordre n’est pas encore né, et les moyens de libération ne sont pas tous violents et ne font pas forcément rupture… alors, comment être sûr que ce qui se passe maintenant est une révolution, que tout va changer, si on n’y retrouve pas encore les prémisses de la libération ?

Un autre extrait du Péril jeune révèle l’actualité de ces violences sexistes et il nous révèle aussi que le féminisme charrie les mêmes enjeux.

Après les trois vagues du féminisme, du droit de vote, aux problèmes politiques, abordés dès les années 80, de représentation des femmes et minorités, en passant par la libération domestique des années 70, la 4ème vague que nous vivons depuis les années 2000, rend visible ces revendications grâce aux réseaux sociaux.

Mais là est le point intéressant, elle ne soulève pas d’autres problèmes, elle les soulève différemment. Elle les soulève à une grande échelle, mais pas sous la forme violente de la rupture ou du choc. Et c’est peut-être ça qui est en train de se passer, une révolution grande mais nouvelle dans sa forme, comme l’entendait de son côté, Arendt : une révolution qui ne bascule pas du jour au lendemain, mais infuse et transforme, espérons-le, durablement les consciences.

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