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Le mythe du bonheur au travail

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À retrouver dans l'émission

Voilà un mythe contemporain bien ancré dans nos consciences et qui, pourtant, est assez récent : celui du bonheur au travail. Mais que cache véritablement ce mythe ?

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Photo : Joos Mind Crédits : Getty

De l’incompatibilité entre travail et bonheur…

Quand je dis « assez récent », c’est parce que dans la génération de nos grands parents cette question était quasiment absente.
On travaillait surtout pour subvenir à ses besoins. Alors ensuite, on pouvait avoir un patron plus ou moins arrangeant ou sympathique, mais l’idée que le travail pouvait ou devait être associé à un quelconque bonheur relevait à peu près du non-sens.
En remontant le fil de l’histoire, on constate même que travail et bonheur ont longtemps été deux concepts assez antithétiques.
Chez les Grecs, le bonheur ne s’accomplit que dans l’oisiveté au sens positif, promu comme valeur, c’est-à-dire dans la contemplation nécessaire à la recherche de la vérité et de la vie bonne. C’est ce que retiennent également les Romains qui opposent l’otium, c’est-à-dire l’inaction, le calme, la tranquillité, le loisir studieux et le negotium, c’est-à-dire l’action, la politique, les affaires. C’est ainsi que pendant des siècles, dans l’aristocratie, le fait de travailler est considéré de mauvais ton. Le français permet d’ailleurs assez bien de le saisir, puisque, comme vous le savez, le mot « travail » vient du latin « tripalium », qui est un instrument d’immobilisation et de torture utilisé pour punir les esclaves rebelles dans la Rome antique...

…Au travail comme vecteur d’émancipation

Le premier bouleversement dans notre conception du travail intervient quelque part entre le XVIème et le XVIIIème siècle avec l’avènement de la modernité et la propagation d’une éthique du travail portée par la réforme protestante et son idéal ascétique comme l’explique le philosophe Max Weber dans son ouvrage l’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme.
Le travail n’est alors plus considéré comme une activité avilissante, mais bien au contraire un vecteur d’émancipation. Le travail et le succès qui l’accompagne deviennent même un signe d’élection.
C’est ainsi qu’aujourd’hui, dans nos sociétés, l’élite est une élite travailleuse et laborieuse. Il n’y a qu’à voir comment le fait de dire de quelqu’un « Vous savez, il travaille énormément » force immédiatement le respect. Exit l’oisiveté comme valeur positive, l’oisiveté est aujourd’hui un défaut. Celui qui ne travaille pas est au mieux un paresseux, au pire un parasite. Celui qui travaille, en revanche, doit travailler toujours plus et toujours mieux. 

L’injonction à travailler toujours plus

Nous connaissons bien les conséquences de cette injonction permanente au travail effréné : le fameux burn-out, ou pour le dire en français « syndrome d’épuisement professionnel », le moins connu mais tout aussi dévastateur bore-out, ou pour le dire en français « syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui », et enfin, le dernier apparu sur le marché brown-out, ce syndrome qui touche le salarié laminé par l’absurdité quotidienne des tâches à accomplir.
Pour endiguer tous ces nouveaux phénomènes, personne ne s’est dit qu’il fallait peut-être repenser notre rapport au travail, travailler un peu moins, en finir avec les tâches absurdes. Non, non ! La solution était toute prête. Il fallait trouver du bonheur au travail. Open-space, salles de repos, activités ludiques, ping-pong, babyfoot, friandises. Tous les petits plaisirs sont bons à prendre pour retenir le salarié et lui faire croire que le bonheur est là, au bureau, entre quatre murs, à répondre à des mails et faire des réunions toute la journée.

Le bonheur au travail, une comédie (in)humaine

C’est à ce mythe du « bonheur au travail » que se sont attaqués avec la philosophe Julia de Funès et l’économiste Nicolas Bouzou dans leur ouvrage paru ce mois-ci aux éditions de l’Observatoire et qui s’intitule très justement La comédie (in)humaine.
Leur diagnostic est sans appel : le management moderne est une tyrannie inefficace. Les deux auteurs s’attaquent à l’organisation technicienne des entreprises, à l’infantilisation qui y règne, à la surveillance et à la transparence qui y sont imposées. Ils dénoncent la dictature des process, le nivellement par l’égalitarisme, mais aussi et surtout l’idéologie bonheuriste, selon leurs propres mots, qui a envahi le monde du travail. Je cite : « Le bonheur ou la joie comme conséquence d'un travail réussi, oui ; le bonheur ou la joie comme condition de performance, non. Le bonheur serait alors une notion instrumentalisée dans un but économique, or le bonheur doit impérativement être une affaire privée. »
Mais alors que faire ? Eh bien c’est simple, repenser le travail et lui redonner du sens ! Espérons maintenant qu’ils soient entendus et que l’on en finisse une fois pour toute avec ce mythe absurde du bonheur au travail. 

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