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Raymond Aron en 1974

Le retour de hype de Raymond Aron

5 min
À retrouver dans l'émission

Livres, presse, documentaire… Comment comprendre le retour en grâce de Raymond Aron, ce philosophe qui disait lui-même "avoir une grande expérience de l’impopularité" ?

Raymond Aron en 1974
Raymond Aron en 1974 Crédits : Gilbert UZAN/Gamma-Rapho - Getty

Le 17 octobre dernier marquait les 35 ans de la mort de Raymond Aron, mais au-delà de cette date, le philosophe connaît aujourd'hui incontestablement un regain d’intérêt, et en témoignent ces quelques articles :
Le Point lui consacrait il y a quelques semaines un dossier spécial, sous le titre Aron, le penseur pour résister à la bêtise, et évoquait à juste titre "un moment aronien" ; l’autre hebdomadaire Marianne, début février, remarquait que Aron se "conjugue aujourd’hui au présent" ; quant au Figaro, on pouvait y lire, en octobre dernier, une tribune sur l’actualité d’Aron d’Emmanuel Kessler, Président-Directeur général de Public Sénat, laquelle chaîne diffusait le documentaire désormais primé de Fabrice Gardel, Aron, le chemin de la liberté ; et il faut souligner que même le quotidien Libération, dès 2017, concédait que le penseur "avait raison"… Sans oublier la série d’émissions de Brice Couturier, ici même, sur France Culture, qui a inauguré, encore avant, durant l’été 2016, ce moment aronien !  

Alors, pourquoi ? À quoi tient ce moment ? Pourquoi vouloir remettre les pendules à l’heure et rendre aujourd’hui raison à Raymond Aron ? Est-ce vraiment en accord avec sa pensée ?

Une pensée de A à W

Pour comprendre à quoi tient cette actualité aronienne, le mieux est encore de se plonger dans ses écrits. C’est ce que permet l’Abécédaire de Raymond Aron (aux éditions de l’Observatoire) qui, de la lettre A à W, propose une sélection de textes, extraits de ses entretiens sur France Inter, France Culture ou que l’on trouve dans l’ouvrage, Le spectateur engagé (1981), ou extraits de ses livres, tels son Introduction à la philosophie de l’histoire (1938), L’Opium des intellectuels (1955), Liberté et égalité (1978), sans oublier ses Mémoires (1983). 

Ce qui est intéressant avec cet Abécédaire, c’est qu’à la différence des hommages rendus à Raymond Aron, il nous met directement dans le bain de sa pensée, il n’y a pas d’intermédiaires qui nous préparent, voire nous obligent, à le lire comme le penseur d’aujourd’hui.
Car c’est une des tendances éditoriales actuelles : nous faire découvrir des philosophes notamment sous l’angle de l’actualité, pour penser le présent.
Aron serait ainsi le philosophe de l’Europe qui a vu à la fois les dangers du capitalisme et du communisme, le penseur lucide des relations internationales, le journaliste à la bonne distance de l’histoire, autrement dit le spectateur engagé par excellence, tel qu’il aimait à se définir. 

Et si nous lisions Aron pour lui-même ? Sans se dire qu’il avait ni tort ni raison ? Non pas pour l’extraire de l’Histoire, mais pour éviter les présupposés, les mises en garde ou les préjugés favorables…

Un portrait par bribes 

Des pensées, des réflexions de ce type, c’est ce que l’on trouve dans cet Abécédaire. Et se dessine ainsi, par morceaux, par bribes, un portrait de Raymond Aron. 

On pourra ainsi retenir la lettre D comme "déconner" à laquelle on découvre qu’Aron pouvait se qualifier comme un "tempérament constipé" ; la lettre E comme "ennui" où il nous dit qu’il ne s’ennuie jamais tant la vie lui semble passionnante ; ou encore, la lettre I comme "interrogateur" où il reconnaît, je cite avoir toujours "été le contraire d’un dogmatique, un interrogateur permanent". 

Et bien sûr, il y a la lettre M comme "Marx", qu’il dit avoir suivi à la trace, le "marxisme", avec lequel il a dialogué d’un bout à l’autre de son existence, sans pour autant être d’accord avec l’un ou l’autre. De ce recueil se dégagent ainsi deux ombres, deux éléments fondamentaux pour saisir le portrait d’Aron : celui de Marx, donc, mais aussi celui de Sartre, amis puis ennemis, momentanément réconciliés en 1979 pour la cause des réfugiés. 

Le style Aron

Cet Abécédaire dresse ainsi le portrait d’un intellectuel dans une époque, certainement en écho avec la nôtre... Mais je retiendrais plutôt de ces textes une attitude, un style, une méthode : l’humilité, le questionnement d’un penseur qui a tenté de "connaître l’ensemble dont il n’était qu’un atome", l’hommage à un père, le refus des utopies, et surtout, l’aveu de tenir passionnément à l’embarras du choix, sans que l’histoire ne lui commande d’adopter une opinion ou qu’un philosophe (même comme lui) ne s’instaure comme le penseur du moment. 

Sons diffusés :

  • Radioscopie avec Jacques Chancel (France Inter, 1969)
  • Intervention de Raymond Aron (Antenne 2, Journal de 20h, 1979)

Bibliographie

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