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Catherine Deneuve et Yves Montand sur la tournage du film "Le Sauvage" en 1975.

Le sauvage, un concept bien familier

6 min
À retrouver dans l'émission

Le mot « sauvage » évoque tout autant les grands espaces et l’aventure, le « bon sauvage » de Rousseau et Diderot et « Eau sauvage » de Dior. Comment a-t-il été apprivoisé ?

Catherine Deneuve et Yves Montand sur la tournage du film "Le Sauvage" en 1975.
Catherine Deneuve et Yves Montand sur la tournage du film "Le Sauvage" en 1975. Crédits : Daniel SIMON / Contributeur - Getty

Le sauvage apprivoisé 

Si je vous dis « sauvage », à quoi pensez-vous ? 

Pensez-vous plutôt à l’aventure, à la soif de découvertes hors des sentiers battus, des parcours tout tracés, comme le propose un film comme Into the wild… ?  Ou pensez-vous tout simplement à ce qui est sauvage, ce qui est resté à l’état naturel, sans que les hommes ne le touchent et ne l’entravent… ? Ou encore, ce sont peut-être de vagues souvenirs d’une certaine littérature des Lumières qui vous reviennent en tête avec cette figure du « bon sauvage », que l’on trouve autant chez Rousseau que chez Diderot ? 

Ou alors, dans un tout autre style, en entendant le mot « sauvage », vous pensez peut-être plutôt à cette publicité que l’on nous matraque depuis des années pour un parfum bien marketé qui serait pourtant de l’«Eau sauvage »… ?

Le constat est là : le mot sauvage est multiple, évoquant tout autant un imaginaire de liberté, de nature ou d’aventure, mais il a été apprivoisé, dompté, bien rangé,… au point de n’avoir plus rien de sauvage… De fait, ce terme de « sauvage », comme on l’a entendu, est devenu bien familier : on parle de littérature de la « wilderness », cette littérature américaine des grands espaces qui plaît tant et se vend bien, il fait partie d’un pan de l’anthropologie et de la philosophie, et il constitue un horizon d’évasion pour quiconque se sent enfermé dans sa petite vie. 

Comment donc comprendre que l’on ait fait nôtre cette idée de « sauvage » au point de la dénaturer ? Que reste-t-il de sauvage quand on se l’approprie ainsi, quand on se le rend aussi proche de nous et aussi familier ? De quoi « sauvage » est-il donc le nom aujourd’hui ? 

Un concept entre altérité et identité 

Dans un ouvrage collectif paru aux Presses Universitaires de Rennes, Cristina Noacco et Sophie Duhem ont rassemblé tout cet imaginaire du sauvage dans les lettres et les arts en l’axant sur une figure en particulier : l’homme sauvage. Qu’incarne cette figure, que l’on trouve tout autant dans les fictions sur les origines de l’homme que dans une série comme True Detective avec ce personnage diabolisé des bayous de la Louisiane ? 

Puisqu’on évoquait le terme même de « sauvage », c’est bien à l’étymologie qu’il faut revenir : sauvage vient du latin « silvaticus », forestier, de la forêt. Et c’est vrai que ce qui est sauvage semble toujours nous rappeler à cette nature foisonnante, verdoyante, autre, dans laquelle on accepte de perdre nos repères, au moins le temps d’une promenade. Là est l’ambivalence de ce terme « sauvage » : nous rappeler qu’un ailleurs est possible, que l’altérité n’est pas loin, mais tout en restant dans le confort de ce qui nous est familier. 

Ce qui est sauvage, qu’il s’agisse d’usages, de terres ou d’espaces, n’est donc pas ce qui est absolument autre, différent, mais ce qui se situe à la limite, en miroir de nos propres limites… en témoignent cette forêt à la lisière, ces plantes, ces arbres et végétaux que l’on aime à côtoyer… 

Redéployer ce qui est sauvage en nous 

Homme des origines ou des confins du monde, homme des bois, homme naturel, homme-bête ou homme végétal, comme l’écrit Pierre Bergounioux dans Ce pas et le suivant, la dimension sauvage n’a pas été perdue, parce qu’elle a toujours et paradoxalement fait partie de nous. Reste toutefois qu’elle a été occultée à force d’être utilisée comme un slogan… Comment, et c’est la question, redéployer ce qui est sauvage en nous, en faire encore un horizon d’interrogation et de libération, et pas de récupération ? 

Sons diffusés : 

  • Extrait de la bande annonce du film Into the Wild, de Sean Penn en 2007
  • Lecture du livre Ce pas et le suivant de Pierre Bergounioux, dans l'émission Un livre des voix, diffusé sur France Culture en 1985

Bibliographie

Ce pas et le suivant, de Pierre Bergounioux, paru en 1985 chez Gallimard

Ce pas et le suivantGallimard, 1985

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