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Aller vite, toujours plus vite

L’ère du mouvement perpétuel

4 min
À retrouver dans l'émission

En partant de la méditation métaphysique sur le mouvement comme seul principe d’existence, le professeur de philosophie François-Xavier Bellamy publie un essai qui nous embarque dans une exploration philosophique à la recherche du temps gâché à suivre le mouvement et ne pas chercher du sens.

Aller vite, toujours plus vite
Aller vite, toujours plus vite Crédits : Melat-Couhet Jean-Michel / EyeEm - Getty

Un professeur engagé  

François-Xavier Bellamy, professeur de philosophie en khâgne et adjoint au maire de Versailles, publie Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel aux éditions Grasset. Il est aussi l’auteur d’un essai passionnant sur la crise qui touche l’éducation, Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, paru aux éditions Plon en 2014.
Avant d’en venir à sa nouvelle publication, je me permets de faire un peu de publicité pour son association Philia qui organise tous les lundis des Soirées de la philo de 20h30 à 22h au Théâtre Saint-Georges à Paris. Chaque lundi soir, François-Xavier Bellamy consacre une heure et demie à une question précise ou à un auteur. Le tout forme deux cycles complets qui permettent de vivre ou revivre une véritable expérience de la philosophie. 

Le mouvement comme religion de la modernité  

Mais revenons à l’essai Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel que François-Xavier Bellamy publie cette semaine chez Grasset. L’ouverture est magistrale et constitue un véritable morceau de bravoure littéraire sous forme d’hommage à Saint-Exupéry. En revenant sur la fascination adolescente pour la vitesse du poète aviateur, Bellamy explore la séduction destructrice du mouvement perpétuel, ce trait caractéristique des temps modernes. Je cite : « Être plus rapide. Changer. S’adapter. Innover. Toujours plus, et toujours plus vite. Le but du changement est moins important que le fait de se transformer. La destination importe moins que le fait même de voyager. Vivre suppose de bouger. La nouveauté est bien en soi. Ce qui compte, c’est d’être « disruptif », qu’importe l’objet de la rupture. Être en mouvement est la vertu du moment : être dynamique, littéralement. Être mobile, souple, flexible. » C’est en partant de cette véritable méditation métaphysique sur le mouvement comme seul principe d’existence que Bellamy nous embarque dans une exploration philosophique magistrale à la recherche du temps gâché à suivre le mouvement et ne pas chercher du sens.

Parménide vs. Héraclite

La question, pourtant, n’est pas nouvelle.
Comme tout voyage philosophique qui vaut la peine, celui-ci commence aux présocratiques, au débat originel qui oppose, au VIème siècle avant Jésus-Christ, Parménide, le penseur de l’immobilité et de la stabilité de l’être à Héraclite, le défenseur du mouvement, de la mobilité, du changement permanent. Absolu de l’Être contre relativisme de la mobilité. Bellamy semble avoir depuis longtemps choisi son camp. Mais le voyage continue et apparaît Aristote, qui, par un coup de génie métaphysique, réconcilie les deux positions contradictoires en distinguant ce qui est en puissance et ce qui est en acte. La solution aristotélicienne s’impose pendant plusieurs siècles en pénétrant la théologie occidentale.
Ça n’est qu’à la Renaissance à travers des révolutions scientifiques de Copernic et Galilée que le bel édifice va se fragiliser pour accoucher de la modernité et au triomphe a posteriori d’Héraclite. Or si tout s’écoule, il n’y a désormais plus de lieu qui puisse constituer un but pour le mouvement. La crise de la modernité est là, c’est une crise intérieure, sourde, globale. Rapidement le mouvement devient la valeur suprême. Et le voyage continue ! Hobbes, Machiavel, Hegel, Kant. Même chez les plus résistants, le mouvement devient loi, notre attention ne doit plus se porter sur l’être, mais sur le passage. Ce qui avance est préférable à ce qui est immobile. Le progrès s’installe peu à peu comme nouvelle religion. Pour Bellamy, cette passion moderne pour le changement est une forme de ressentiment au sens nietzschéen, compris comme un refus d’accepter que les choses soient telles qu’elles sont, une incapacité maladive à accepter le réel et à le reconnaître.

La littérature sauvera le monde

C’est au prisme de ce grand voyage que Bellamy propose de lire la crise systémique qui traverse notre époque. Il faudrait déconstruire notre fascination pour le changement pour sauver la possibilité du mouvement. Habiter le monde et ne plus s’y abriter. Sortir du monde liquide et lui redonner corps. Le plaidoyer de Bellamy se résout d’une manière fulgurante, il y a urgence à ré-enchanter. La poésie sauvera le monde. Comme tout voyage littéraire qui vaut la peine, celui-ci se termine en Grèce, au bord de la mer ionienne. « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ». François-Xavier Bellamy nous y invite : « Il nous faut retrouver notre Ithaque ». En attendant de la retrouver, lisez Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel paru cette semaine chez Grasset.

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