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Simone de Beauvoir en 1983

Les 110 ans de la naissance de Simone de Beauvoir

6 min
À retrouver dans l'émission

A l’occasion des 110 ans de Simone de Beauvoir, et face à la tribune des 100 femmes « défendant la liberté d’importuner », interrogeons sa thèse : « On ne naît pas femme, on le devient ».

Simone de Beauvoir en 1983
Simone de Beauvoir en 1983 Crédits : GEORGES BENDRIHEM - AFP

Après David Bowie et Benjamin Constant, encore un anniversaire : celui de Simone de Beauvoir ! Simone de Beauvoir dont on fêtait les 110 ans de la naissance ce mardi 9 janvier, un anniversaire qui tombe à pic. Et pas, comme un clin d’œil, parce que cette semaine des Chemins est consacrée à L’être et le néant de Sartre, mais parce que celle à qui l’on doit Le deuxième sexe (paru en 1949), reste une figure incontournable du féminisme, de ses questionnements, de ses vagues successives, de ses tensions ou contradictions, en tout cas, encore et toujours de sa forte actualité. Avec sa thèse cruciale : « On ne naît pas femme, on le devient ». 

Justement, en termes d’actualité et de tensions, l’anniversaire de Simone de Beauvoir s’est posé là : car ce jour-là, le mardi 9 janvier, n’était pas seulement remis le Prix Simone de Beauvoir à la journaliste et écrivaine turque Asli Erdogane, mais, et c’était peut-être vraiment un clin d’œil pour le coup…, est sortie dans Le Monde une tribune signée par 100 femmes, intitulée « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », tribune qui s’élève face à celles, et ceux d’ailleurs, qui s’étaient lancés dans l’affaire Weinstein et y voyaient une échappée vers plus d’égalité hommes / femmes. 

Cette tribune ne cite pas Simone de Beauvoir, mais elle nous montre qu’en termes de féminisme, la philosophe a visé juste en dénonçant ce mythe d’éternel féminin et en pointant l’absence de nature féminine : oui, ce qu’on voit bien à travers ces oppositions, c’est bien cette absence de consensus sur ce qu’est une femme, cette absence de consensus culturel dès qu’il n’y a plus de nature, plus de donné qui s’impose, détermine et entrave. Et tant mieux, car une absence de consensus est à la fois ouverture des possibles et passage obligé vers tout un ensemble de conflits, l’occasion, donc, de s’interroger sur l’essence de la femme, d’y mettre fin ou de la réinventer. 

Qu’est-ce qu’une femme ? Qu’est-ce que devenir femme ? Qui ou que devient-on quand on devient femme ? Faut-il d’ailleurs parler de femme, d’une femme ou des femmes, ou encore de la femme ? Un homme peut-il devenir femme ? Une femme est-elle forcément féminine ? Et est-elle forcément féministe ? Voilà les fils que l’on peut tirer à partir de cette seule affirmation, de cette thèse cruciale, devenue slogan politique, et même parfois accroche publicitaire…, mais à qui l’on doit de reposer, derrière sa simplicité, du débat. Car oui, c’est à partir de cette seule thèse que l’on peut questionner celui qui a lieu depuis quelques mois, et a pris un autre tournant ces jours-ci : derrière les conflits et les contextes, encore faut-il pouvoir poser et se poser ces questions, et choisir sa manière de devenir femme.  

Peut-on choisir de devenir femme, une certaine femme ? Et comment ? Mieux, comment devenir femme implique-t-il d’abord de faire un choix, de pouvoir en faire un ? En ce qui concerne cette tribune du Monde, il faudrait revenir (et cela a déjà été fait) sur tous ses arguments qui me semblent réduire le mouvement né de l’affaire Weinstein à une guerre des sexes (que personne ne veut), à une haine des hommes (dont il n’est pas question), et donc à une certaine idée de la femme, au choix : victime (quand elle est d’accord avec le mouvement #balancetonporc et #metoo), objet sexuel (quand elle y voit une entrave), parfois aussi à la tête d’une équipe professionnelle… Mais justement, là est bien le problème : « au choix », le choix. 

Comme l’indique Simone de Beauvoir dans cette archive, elle a bien choisi de ne pas se marier avec Jean-Paul Sartre, mais qui peut choisir ? Tout le monde veut bien être à la fois chef la journée, objet sexuel la nuit, « le veut bien », mais qui peut vraiment, qui a vraiment la possibilité, j’entends, de jouer tous ses rôles ? L’enjeu est que l’on puisse toutes et tous le dire, le faire, le choisir. 

Je vois, pour ma part, cette tribune comme un moment nécessaire qui permet d’affiner et de renforcer le mouvement qui a fait suite à l’affaire Weinstein, une contradiction nécessaire, et dialectique, pour qu’il se précise et se poursuive, et pas n’importe comment, mais en revanche n’importe où et pour toutes et tous. Dans Le cahier de l’Herne consacré à Simone de Beauvoir, qui reparaît à l’occasion de ce 110ème anniversaire de sa naissance, on peut découvrir en tout cas ce texte qui résonne parfaitement avec cette tribune et y répond : « elle est en train de devenir indépendante et responsable, actrice de la construction du monde. Mais cette métamorphose fait encore peur. Mille prophètes grommellent qu’elle va ruiner l’amour, et avec lui, toute poésie, toute illusion. (…) N’est-il pas possible de concevoir un nouveau genre d’amour dans lequel les deux partenaires seraient égaux ? » 

Bibliographie

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Simone de BeauvoirHerne, 2016

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