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Le Parthénon, temple situé sur l'Acropole d'Athènes en Grèce

Le miracle grec

5 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est-ce que le miracle grec, cette époque bénie des dieux qui est à l’origine et au fondement de notre civilisation ?

Le Parthénon, temple situé sur l'Acropole d'Athènes en Grèce
Le Parthénon, temple situé sur l'Acropole d'Athènes en Grèce Crédits : Joe Daniel Price - Getty

La découverte de l’Acropole

Cette expression de « miracle grec » est apparue pour la première fois sous la plume d’Ernest Renan, en 1883, dans son ouvrage Souvenirs d’enfance et de jeunesse.
Se remémorant son premier voyage à Athènes et la découverte de l’Acropole, il y écrit, je cite : « Depuis longtemps je ne croyais plus au miracle, dans le sens propre du mot, cependant la destinée unique du peuple juif, aboutissant à Jésus et au christianisme, m'apparaissait comme quelque chose de tout à fait à part. Or voici qu'à côté du miracle juif venait se placer pour moi le miracle grec, une chose qui n'a existé qu'une fois, qui ne s'était jamais vue, qui ne se reverra plus, mais dont l'effet durera éternellement, je veux dire un type de beauté éternelle, sans nulle tâche locale ou nationale. » Cet étonnement ou même cet éblouissement lié à la découverte de la citadelle antique, c’est aussi celui de Sigmund Freud, qui, en 1936, dans une lettre adressée à Romain Rolland écrit, je cite : « L’après-midi de notre arrivée, quand je me trouvai sur l’Acropole et que j’embrassai le paysage du regard, il me vint subitement cette étrange idée : Ainsi tout cela existe réellement comme nous l’avons appris à l’école ! » Et c’est vrai, non seulement tout cela a existé, au passé, mais tout cela existe réellement, au présent. 

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Partir pour la Grèce

Car tout ce qui a été dit ou fait sur cette terre de sublime et d’incomparable a été dit ou fait pour la première fois par les Grecs de l’Antiquité.
Homère, les Ioniens, les Éléates, les Pythagoriciens, les atomistes et les sophistes, Socrate, Platon, Aristote, Eschyle, Sophocle, Thucydide, Euripide, Aristophane, les temples, les dieux, l’art oratoire, la guerre, l’amour, la démocratie. C’est ça le miracle grec et bien d’autres choses encore. Quand je dis bien d’autres choses encore, c’est parce que l’Antiquité grecque n’a cessé, elle-même, de voyager et de traverser les époques. C’est ce que raconte le livre de François Hartog, intitulé Partir pour la Grèce, Pourquoi nous avons toujours besoin des Anciens, qui vient d’être réédité en poche chez Flammarion

La Grèce comme construction et objet de désir

En attendant de prendre un billet – de préférence sans retour – pour Athènes, lisez François Hartog. Car s’il y a la Grèce des ruines et des églises, du retsina qu’on boit le matin et de l’ouzo qu’on boit le soir, il y a aussi la Grèce comme construction, comme représentation, comme objet de savoir, de désir et de nostalgie.
Hartog prévient dès la préface, pour les Européens, la Grèce n’est pas un héritage donné, c’est une longue histoire d’appropriations successives. Les Romains ont eu besoin des Grecs pour se définir et se penser autrement que des barbares hellénisés ou des Grecs barbarisés.
Au couple Grecs/Barbares est ensuite venu s’ajouter le couple chrétiens/païens, où le Grec est tantôt l’annonciateur de l’Évangile, tantôt l’incroyant auquel il faut s’opposer. Vient ensuite le couple des Anciens et des Modernes qui s’écharpe entre partisans de l’imitatio et ceux de la renovatio. Paradoxalement, la rupture introduite par les Modernes donnera naissance à l’obsession de la restituio, la restitution des textes, des monuments, des statues, de toutes les collections antiques afin de créer les premiers musées. Rupture qui n’empêchera pas l’Allemagne, l’Angleterre ou encore la France de continuer à cultiver ses hellénistes et, par moments, venir s’abreuver au sein d’Athènes pour repenser son histoire, se réinventer une trajectoire, se redonner du sens. 

Pourquoi nous avons toujours besoin des Anciens

Chacun des chapitres de l’ouvrage d’Hertog répond à une question précise.
Le premier s’interroge sur le destin des études classiques, à la fois discipline et plus que discipline, dont la transmission est nécessaire pour s’exercer au décentrement, se déprendre pour mieux se comprendre. Le deuxième propose une enquête sur l’invention, par les Grecs, de l’histoire comme objet et comme discipline. Vient ensuite une enquête passionnante consacrée au Barbare, cette figure inventée à Athènes qui n’a cessé de rôder dans toute l’Europe, au moins jusqu’au XVIIIème siècle. Hertog présente ensuite plusieurs façons modernes de partir pour la Grèce : avec Paul Ricoeur, l’historien des religions Mircea Eliade, les historiens Moses Finley et Claude Mossé. Les deux derniers chapitres, enfin, évoquent la Grèce « à la française » qui, sur un peu plus d’un siècle, va de Fustel de Coulanges à Jean-Pierre Vernant. Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Voilà quelques questions simples auxquelles l’ouvrage de François Hartog Partir pour la Grèce. Pourquoi nous avons besoin des Anciens, réédité en poche chez Flammarion, permet d’apporter quelques réponses. C’est aussi ça le miracle grec. 

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